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18/11/2013

Redonner de nouvelles perspectives au monde du travail

Par Alain Girard, délégué national aux luttes sociales

Ne pas se perdre dans une vague anti-tout et savoir faire la différence entre progrès et réaction afin que chacun soit à sa place et coiffé du bon bonnet, voici la réflexion qu’il faut mener. Il est important, voire indispensable, d’observer et de comprendre les colères sociales qui s’expriment. Elles partent toutes du même réflexe, le refus de l’enlisement dans lequel nous entraînent le monde de la richesse, les profiteurs et le capitalisme financier.

L’agression est sévère contre le monde social et ouvrier, contre les salariés qui voient que leurs salaires ne suffisent plus à faire face aux dépenses et qui perdent leurs emplois, contre les retraités qui ont payé des cotisations toute leur vie et enrichi les patrons, qui voient le système s’effondrer et qui se retrouve confrontés à la précarité au bout de tant d’années d’efforts et de restrictions. La souffrance est bien là, l’angoisse s’installe profondément et les réactions n’en sont que plus spectaculaires mais ô combien justifiées. Que faire lorsque l’on perd son emploi dans une région sinistrée ? Que faire devant l’injustice ? Quelle réaction face au paradoxe qui s’expose de plus en plus au grand jour ?

D’un coté, les scandales des affaires, des grands patrons, des actionnaires qui touchent des millions d’euros provenant du labeur des salariés. De l’autre, des millions de gens dont la réaction de colère et humaine critiquée, dénaturée, rejetée à la fois par le Medef et par un gouvernement souvent méprisant qui renvoie sans cesse la faute sur l’ancien gouvernement et la crise, et qui s’excuse de ne pas mener une politique plus protectrice.

Aujourd’hui on ne peut échapper à la réalité : de nombreuses entreprises rentables et actives sont menacées de fermeture, en rupture financière. Dans les tribunaux de commerce des centaines de dossiers sont en cours d’étude pour un redressement ou une liquidation. Des choix sont faits par les directions patronales, qu’elles soient établies en France ou à l’étranger, jugeant que l’efficacité n’est plus à l’ordre du jour, et que de ce fait il importe peu de semer misère et désarroi : ce qui compte c’est d’abord l’intérêt du capital, de l’actionnaire. Elles vont même plus loin, tentant de se servir dans les caisses de l’état afin de rétablir les déséquilibres financiers dont elles sont à l’origine et n’ont pas honte de formuler des demandes se chiffrant à des millions d’euros pris sur nos impôt alors que des cadeaux fiscaux vont encore alimenter leurs caisses en 2014.

Pourront-elles justifier encore longtemps cette attitude, se cacher derrière ce paradoxe infernal ? Il faut revenir à un esprit républicain qui consiste à maintenir et à défendre le niveau d’un pays comme le nôtre. Le gouvernement, le pouvoir en place qui se réclame de la gauche, peut-il encore développer un artifice, un semblant de concertation ? Un pouvoir de gauche ne devrait-il pas se reposer sur les syndicats, sur les associations de citoyens, sur le citoyen lui même afin d’imposer populairement, dans le bon sens du terme, un programme social de fond s’adressant d’abord au peuple et aux besoins sociaux de notre pays ? Comment peut-il inspirer confiance étant donnés ses décisions arbitrales sur le budget et son manque de fermeté à l’égard des grands groupes et des patrons voyous qui lui imposent un programme élaboré par les cols blancs destructeurs de la finance ? Cela ne correspond en aucune manière au résultat de l’élection présidentielle et aux promesses faites.

Il est impossible de cautionner une telle orientation, qui affaiblit la situation individuelle et collective des salariés et des retraités. Nous devons rejeter les décisions contraires à l’évolution sociale répondant aux attentes de tout le pays, à moins de faire le choix et le jeu d’un parti comme le FN, à moins de reculer devant le courage qui s’impose et de cautionner l’idée que le pouvoir que nous avons donné nous a été volé.

Ce pouvoir s’attaque à tout : emploi, sécurité sociale, retraites. Face à tant de contradictions il est de notre devoir de syndicalistes, de militants, de citoyens, de prendre part au combat mené depuis des années, celui des révolutionnaires contre le réformisme, celui des ouvriers contre l’intérêt bourgeois, celui de la République sociale contre l’état capitaliste, celui de la démocratie contre la répression sociale, comme c’est le cas à Roanne ou en Bretagne.

Nous avons aujourd’hui tous les ingrédients pour poser sur la table du Front de Gauche la responsabilité collective de la cohérence et de la cohésion de notre existence. Nous avons la responsabilité de dépasser la seule pratique de l’élection et de promouvoir une véritable riposte citoyenne, organisée et gérée par un ensemble de masses dépassant les seuls enjeux électoraux des municipales ou des européennes. Ne nous détournons pas de notre combat de fond : faire de nouveau gagner la démocratie collective basée sur le choix du peuple. C’est cela aussi qui peut aider la gauche, et pour cela il faut mettre en avant le développement des luttes ouvrières auxquelles il faut redonner l’importance qu’elles méritent !

La casse n’en finit pas, les plans sociaux sont de plus en plus nombreux, le chômage sévit partout, tout cela au nom des conséquences d’une crise dont on nous dit pourtant qu’elle se termine. Alors pour qui, pour quoi, tant de destructions sinon parce que la politique menée est d’abord faite pour les riches, le maintien des exploiteurs, le grand patronat ? Ce n’est pas vers ceux-là qu’il faut se tourner mais vers le rassemblement des forces syndicales citoyennes qui, contrairement à ce que veulent nous faire croire certains, sont capables de faire basculer un mouvement vers une grande victoire du progrès et de la démocratie.

Ne devrions nous pas alors remettre en route le chantier d’un programme social pour l’humain d’abord ?

Une première étape sera de construire rapidement cette riposte unitaire nationale de gauche contre les orientations d’un gouvernement qui ne l’est plus. Une construction élargie avec toutes les consciences qui entendent notre message, car c’est en ouvrant des perspectives de progrès avec la gauche que l’on repoussera les assauts du FN et de la droite, c’est en organisant le 1er décembre une marche collective que l’on pourra défendre un nouveau programme comme ce fut le cas dans tous les grands combats qui ont permis d’avoir des droits et une reconnaissance sociale.

En avant dans cette belle offensive !

Alain Girard délégué national aux Luttes sociales

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