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24/03/2014

Coulommiers : un résultat décevant et préoccupant

Malgré quatre listes en présence au premier tour, le maire sortant, Franck Riester (UMP) a été très largement réélu maire de Coulommiers, réunissant près de 67% des suffrages. C'est, de loin, le meilleur résultat jamais enregistré pour une élection municipale, dans une ville pourtant habituée depuis longtemps à l'élection dès le premier tour du maire (la dernière élection municipale à deux tours remonte à 1989).
Au-delà de ce véritable plébiscite accordé à Franck Riester, le résultat est préoccupant. En effet, en réunissant près de 14% des suffrages, c'est la liste du Front National qui arrive en deuxième position à Coulommiers, tandis que les deux listes de gauche rassemblent ensemble moins de 20% des voix.

Si le résultat du Front National se situe dans la norme pour Coulommiers (11% aux cantonales de 2008, 13% aux législatives de 2012), la gauche subit une hémorragie considérable, alors qu'elle réunissait plus de 35% des suffrages - et même régulièrement plus de 40% au second tour ! - à presque toutes les élections depuis une décennie (municipales de 2001 : 38%, législatives de 2007 : 34% puis 42%, municipales de 2008 : 45%, cantonales de 2008 : 37% puis 41,5%, législatives de 2012 : 37,5% puis 42%).
Cette chute brutale sous la barre des 20% est bien sûr une immense déception. La déception ne doit pas pour autant conduire à l'aveuglement. Pointer du doigt le seul contexte national défavorable à la gauche dans son ensemble lors de ces élections municipales n'est pas une explication digne de ce nom à ce résultat. De même, se focaliser de manière excessive sur l'abstention supplémentaire par rapport à l'ensemble du pays (plus de 47%) n'épuise pas le sujet : depuis 1989, l'abstention est en moyenne de dix points plus élevés à Coulommiers que la moyenne nationale, un "bonus d'abstention" qui avantage systématiquement la droite conservatrice mais qui n'est pas neuf dans le paysage columérien car présent depuis 25 ans. Il y a d'autres facteurs d'explication.

 

Le plus évident d'entre eux est bien évidemment l'absence de dynamique unitaire à gauche. A cet égard, le Parti Socialiste et Europe Écologie - Les Verts portent une responsabilité particulière. En faisant le choix, pour honorer un accord passé avec le Parti Radical de Gauche, d'investir sans aucune consultation des élus de gauche sortant Mme Mollet, une opportuniste issue de la droite, qui plus est ancienne collègue de M. Riester au conseil municipal de Coulommiers, où elle fut adjointe au précédent maire RPR/UMP Guy Drut de 2001 à 2008 après avoir été élue de la majorité de droite de 1995 à 2001, ces appareils politiques portent une responsabilité de premier ordre dans la division des forces de gauche.
Face à ces oukazes, les Citoyens de Gauche de Coulommiers, ne pouvant se résoudre à avaliser pareille manœuvre politicienne au service exclusif de l'ambition d'une femme qui, après avoir été élue sur la liste de droite conduite par Jean-François Copé aux élections régionales de 2004, a été réélue sur celle de gauche conduite par Jean-Paul Huchon en 2010, s'appropriant du seul fait de son appartenance au PRG la place originellement dévolue à la candidate de la gauche columérienne en 2008, Laëtitia Martig (qui a quitté le PS après cette honteuse manœuvre), n'ont eu d'autre choix que de susciter eux-mêmes une liste de gauche. Ça a été la liste Coulommiers pour Tous, portée par Aude Canale, sur laquelle j'ai eu l'honneur de figurer.

 

Les électeurs ne s'y sont pas trompés, qui nous ont fait figurer largement en tête de la gauche : avec 13,38% pour notre liste divers gauche n'ayant d'autres moyens que ceux du bord, nous avons largement surclassé Mme Mollet et ses 5,73%, malgré son bénéfice du soutien du PS et d'EELV. En tête de la gauche, oui, mais d'une gauche terriblement affaiblie. Sans cette division, si le PS et EELV n'avaient pas choisi de préférer les accords politiciens aux convictions de gauche, nous n'aurions pas connu l'humiliation de voir les deux listes de gauche derrière celle du Front National.

Pour autant, l'unité de la gauche columérienne aurait-elle suffit à obtenir un meilleur résultat ? Rien n'est moins sûr.

 

Ce n'était pas la première fois que la gauche partait divisée aux élections municipales à Coulommiers. En 1989, les deux listes de gauche réunissaient presque 38% des suffrages, mettant en ballotage le maire sortant et obtenant 42% des voix au second tour. En 1995, pas moins de trois listes étaient présentes à gauche, réunissant plus de 25% des suffrages, encore concurrencées par une liste centriste qui avait obtenu près de 14% des voix. Même dans ce cas de division extrême de la gauche à Coulommiers, l'étiage de la gauche était encore d'un quart des suffrages. Passer à moins d'un cinquième nous oblige à nous remettre en cause.

Que s'est-il passé ? En un mot comme en cent : sans s'être concertées, les trois listes concurrentes de M. Riester ont accordé quitus à ce dernier d'un bilan "globalement positif". L'unique action militante du Front National lors de cette campagne aura consisté à éditer et distribuer sur le marché à quatre jours du premier tour un tract vantant le bilan de l'équipe sortante en matière de sécurité, promettant seulement d'aller "plus loin". De son côté, Mme Mollet, qui ne s'est pourtant pas faite prier pour éreinter Aude Canale et la liste Coulommiers pour Tous, a refusé de s'en prendre au bilan de M. Riester sous prétexte de ne pas mener de "campagne de caniveau". Enfin, nous-mêmes, même si nous avons été les plus combattifs face au bilan du maire sortant, nous sommes surtout, avouons-le sans fard, focalisés sur Mme Mollet, pour légitimer notre démarche comme pour nous assurer à son détriment une place au second tour.

 

Le fait est là : à aucun moment nous n'avons envisagé la victoire dès le premier tour de M. Riester dans un contexte de quatre listes au premier tour. Aveuglés par le résultat relativement serré des élections de 2008 (55% contre 45%), nous avions cru que la présence d'une liste du FN garantissait que la droite UMP n'obtiendrait pas la majorité absolue au premier tour. Nous avions oublié le contexte particulier de ces élections de 2008. Dans une ville dominée par un électorat conservateur, la perte de la figure de proue qu'était Guy Drut avait déboussolé une partie des électeurs, d'autant plus que le passage de témoin au sein de la droite ne s'est pas déroulé de manière heureuse ni tranquille, à tel point que le maire sortant menaçait sérieusement de susciter une liste concurrente à droite. Seule l'unité de la gauche l'en avait dissuadé, et les résultats ont confirmé que si la droite était alors partie divisée, la gauche aurait en effet pu l'emporter.
Mais le Franck Riester de 2014 n'est plus celui de 2008. L'électorat conservateur est habitué à sa figure comme à sa gestion, il ne regrette plus un Guy Drut dont le faible bilan a été totalement éclipsé en six ans par celui, bien meilleur, reconnaissons-le, de M. Riester. Si son prédécesseur est resté pendant ses treize ans comme maire un ami de M. Chirac parachuté dans un bastion de la droite, lui est un Columérien authentique, issu de l'une des principales si ce n'est de la principale famille d'industriels de Coulommiers, il ne se désintéresse ni de la ville ni de ses habitants, au contraire : il en a fait un bastion acquis à sa personne, d'autant plus qu'il cultive de sérieuses ambitions personnelles, qui l'ont déjà conduit à devenir vice-président de l'UMP. La répulsion de la nouveauté, qui lui avait nuit en 2008 dans l'électorat conservateur, avait totalement disparu cette fois-ci.

Nous aurions pu, aurions dû, nous attaquer avec plus d'intensité au bilan de l'équipe sortante qui, bien que largement meilleur que celui des années Drut (il aurait en même temps été difficile de faire moins pour la ville), est largement en-deçà de ce qu'une ville ayant les atouts de Coulommiers peut légitimement espérer. Nous aurions dû nous montrer plus offensifs, critiquer le recours systématique à la concession comme mode de délégation de service public, dénoncer l'autoritarisme de la gestion de l'intercommunalité, brocarder le couteux recours à la vidéosurveillance pour des résultats jusqu'à présent inexistants, pointer du doigt avec plus de vigueur la hausse de 40% de la dette de la ville du fait d'investissements surnuméraires voire inutiles comme le nouveau terrain synthétique du centre-ville alors que les quartiers de Vaux et du Theil sont largement sous-dotés en équipements sportifs, la plupart vétustes qui plus est. Nous ne l'avons pas fait.
Des arguments face au bilan de M. Riester, nous en avions, nous en avions même exposés quelques-uns, dans la dernière ligne droite de la campagne, comme par exemple notre volonté de s'opposer au choix du "tout voiture" qui engorge la circulation automobile dans la ville grâce à une extension de la zone piétonne et à un contournement autoroutier par le nord (promesse faite par toutes les équipes municipales de droite depuis trente ans et encore au point mort). Ces arguments, nous les réservions pour le second tour. Nous n'avons pas joué le rôle qui aurait dû être le nôtre : celui d'éveilleurs des consciences, de pointeurs des insuffisances, des manques, des errances et des erreurs de la gestion municipale actuelle. C'était notre rôle, il nous incombait. Qui d'autre sinon nous aurait pu apporter un regard critique sur le bilan de l'équipe municipale sortante ? Certainement pas une presse locale totalement (et sans aucune ambiguïté ni prétention au contraire) acquise à sa ligne. Nous ne l'avons pas fait. C'est une erreur de notre part.

 

Malgré tout, nous n'avons pas démérité. Même l'équipe de M. Riester, pourtant autrement mieux dotée que nous en moyens matériels, financiers et humains, l'a reconnue volontiers : par notre volontarisme, notre entrain et notre dynamisme, nous avons été en pointe sur tous les fronts. Notre équipe fut de loin la plus active, face à l'inexistence de la campagne du FN, à celle, minimaliste, de Mme Mollet, qui s'était pourtant vue dépêcher un directeur de campagne et une équipe de communication par le Parti Socialiste, et à celle, bonhomme et sans grande originalité, de M. Riester. Nous avons bien mérité notre place en tête de la gauche à Coulommiers, mais nous aurions pu, aurions dû, faire bien mieux.

L'opposition municipale sera donc réduite à cinq élus sur vingt-trois (contre sept en 2008), divisée qui plus est entre trois listes, et incarnée pour partie par un FN dont l'ambition se limite à "aller plus loin" que l'UMP, sans même parler de Mme Mollet qui, si elle ne votera vraisemblablement pas le budget municipal de peur de perdre sa place chèrement acquise de responsable départementale du PRG, n'hésitera sûrement pas à voter en faveur de l'essentiel des mesures de la majorité. Restent les deux élus que la liste Coulommiers pour Tous devrait obtenir. Ils seront la seule opposition digne de ce nom.

 

Alexis Martinez

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