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17/09/2014

Vote de confiance : Valls dispose d'une majorité fragile et d'une légitimité en morceaux !

Finalement, malgré la proximité du vote du budget, Manuel Valls avait décidé d'un discours de politique générale hier mardi 16 septembre. Probablement conçu comme un moyen d'asseoir son autorité par rapport aux éléments critiques de la majorité parlementaire, ce rendez-vous institutionnel a donné lieu à d'innombrables spéculations et à un tir de barrage considérable contre les "frondeurs" du PS, ces députés critiques de la majorité qui réunissent la poignée de députés de l'aile gauche du PS mais aussi une grande majorité de députés PS qui n'en sont absolument pas issus. Voir ces derniers assimilés à l'aile gauche à quelque chose de comique, surtout quand on prend en considération le fait que certains d'entre eux, en 2010 et 2011, étaient de fervents soutiens de Dominique Strauss-Khan, de Martine Aubry, de Ségolène Royal, voire de François Hollande !

Qu'importe, c'est le jeu médiatique, les journalistes et commentateurs ne rendent jamais fidèlement compte des rapports de force et des batailles politiques, qu'elles soient internes ou externes. Reste que la critique de l'orientation politique gouvernementale a permis que soient noués des contacts entre des chapelles du PS extrêmement disparates, ainsi qu'entre ces secteurs critiques du PS et des forces de gauche extérieures au PS, qu'elles soient parties prenantes ou non de la majorité parlementaire. L'événement a une grande portée, il préfigure des recompositions qui peuvent permettre qu'émerge une vraie perspective alternative à gauche, mettant à mal la culture de la fidélité personnelle au président et au premier ministre, autoritarisme inhérent aux institutions du régime de 1958 et renforcé par tout un tas de procédures et de dispositifs, dont le plus pernicieux est probablement le "parlementarisme rationalisé", qui laisse la haute main à l'exécutif.
Les "frondeurs" et les autres secteurs critiques de la majorité ne permettront à eux seuls d'en finir avec ces procédures et ces dispositifs, mais ils peuvent apporter une contribution décisive à leur démantèlement.

En réponse à cette aspiration exprimée plus ou moins ouvertement en même temps que la réclamation d'une inflexion, voire d'une réorientation, de la ligne politique gouvernementale, le premier ministre a fait le choix du roulage des mécaniques. Les coups de menton médiatiques n'ont pourtant pas suffit à faire taire les critiques, bien au contraire. C'est l'un après l'autre que plusieurs secteurs de la majorité ont fait savoir qu'ils ne voteraient pas la confiance. Les 17 députés d'Europe Écologie Les Verts, les 3 députés du Mouvement Républicain et Citoyen, le député du Mouvement Unitaire Progressiste, tous partis membres de la majorité parlementaire et soutiens du gouvernement, ont successivement annoncé leur décision de s'abstenir, décision qu'ils ont honorée et à laquelle ils se sont tenus. Mais l'enjeu principal, évidemment, était de savoir combien de députés PS iraient à la "fronde".
Comme EELV, le MRC et le MUP, les "frondeurs" ont annoncé leur intention de s'abstenir, sans pour autant pouvoir préciser leur nombre. Lors du précédent vote de confiance, ils n'avaient été que 11, quasi tous issus de la seule aile gauche, seul un député du courant La Gauche Durable ayant rejoint une dizaine de députés de l'aile gauche dans l'abstention. A présent, l'intention de s'abstenir avait été manifestée par des députés non issus de l'aile gauche, des socio-démocrates bon teint n'ayant jamais eu de prétention, encore moins de velléité, à un quelconque comportement subversif envers la majorité et l'exécutif. Cela laissait augurer que le nombre de députés abstentionnistes du PS serait sensiblement plus important que la fois précédente.


Mais combien ? A une vingtaine, Manuel Valls l'emportait symboliquement. Il n'obtenait certes pas la majorité absolue de 290 sièges, mais pas suffisamment peu pour que ce soit dommageable. Surtout, plus de la moitié des opposants au Pacte de Responsabilité au sein des députés PS seraient rentrés dans le rang. Les prévisions des commentateurs médiatiques mentionnaient le nombre maximum de 25 députés PS "frondeurs", et au moment même du vote, on a vu des journalistes répéter en boucle que plusieurs "frondeurs" potentiels avaient changé d'avis suite au discours du premier ministre. Un discours pourtant peu susceptible de convaincre qui que ce soit, Manuel Valls ayant pour ainsi dire fait le minimum syndical pour défendre son orientation sans chercher à aller au-delà ni esquisser le moindre soupçon de remise en cause.
Ce qui ressortait du traitement médiatique de la journée d'hier avant le vote était pourtant l'impression que les "frondeurs" allaient échouer, qu'ils seraient à peine une vingtaine à s'abstenir et que le gouvernement Valls ne serait aucunement mis en difficulté pour la suite des événements, le vote du budget et les mesures phares qu'il a promues. La pièce de théâtre jouée avec Pierre Gattaz avait, à en croire les commentateurs bien informés, atteint son but. En repoussant les exigences caricaturales formulées le matin même par le président du MEDEF, Manuel Valls aurait réussi à se parer d'une virginale apparence de gauche.

Pourtant, ça a été l'échec. 28 abstentions de députés PS, un vote contre (un député du courant Maintenant La Gauche, qui siège dans le groupe RRDP dominé par les radicaux de gauche). C'est plus que les estimations maximales formulées par les commentateurs bien informés. Cela porte le nombre de députés de la majorité qui ont refusé la confiance au nombre, totalement inédit, de 55.

 

Certes, le gouvernement a obtenu la confiance. En même temps, vu le contexte institutionnel, il aurait été singulièrement étonnant qu'il ne l'obtienne pas, même si un tel précédent eût pu provoquer une évolution des pratiques institutionnelles fort bienvenue. Mais avec 268 voix seulement, à 22 voix de la majorité absolue. Jamais une majorité relative n'a été aussi étroite. Le gouvernement est fragilisé, sa légitimité est en morceaux. Pire encore : cette majorité fragile ne repose que sur les radicaux de gauche et la dizaine de députés PS dissidents qui avaient été élus contre les candidats investis par le PS en 2012 !

 

Nous n'en sommes pas encore au bout, même pas à mi-chemin. Reste encore un long chemin à parcourir d'ici la fin du quinquennat. Et pourtant l'exécutif est d'ores et déjà essoufflé. Il ne tient que par les mécanismes pervers de ce régime qui lui donnent une prise insupportable sur le législatif.
Peut-il tenir deux ans et demi ainsi ? A nous de faire en sorte que ce ne soit pas le cas. Les mobilisations doivent exister et gagner en ampleur. La bataille parlementaire a ses armes et ses logiques, la lutte sociale a les siennes propres. Pourtant les deux peuvent et doivent s'articuler si nous voulons aboutir à une alternative.

 

Alexis Martinez, République et Socialisme 77

 

Détail des votes des députés sur la confiance :

  • Groupe Socialiste, Républicain et Citoyen (SRC) : 252 pour, 31 abstentions, 5 députés n'ayant pas pris part au vote
    - députés PS et apparentés : 242 pour, 28 abstentions, 4 députés n'ayant pas pris part au vote (président de l'Assemblée Nationale + 3 membres du gouvernement non encore remplacés par leurs suppléants)
    - députés MRC : 3 abstentions
    - députés Parti Progressiste Martiniquais : 1 pour
    - députés A Gauche En Guyanne : 1 député n'ayant pas pris part au vote (membre du gouvernement non encore remplacé par son suppléant)
    - députés PS dissidents : 9 pour

  • Groupe UMP : 198 contre, 1 député n'ayant pas pris part au vote
  • Groupe UDI : 27 contre, 3 députés n'ayant pas pris part au vote
  • Groupe Écologiste : 1 contre, 17 abstentions
    - députés EELV : 17 abstentions
    - députés Nouvelle Donne : 1 contre
  • Groupe Radical, Républicain, Démocrate et Progressiste (RRDP) : 13 pour, 1 contre, 3 abstentions
    - députés PRG : 10 pour, 1 abstention
    - députés PS : 1 pour, 1 contre
    - députés MUP : 1 abstention
    - députés Guadeloupe Unie, Socialisme et Réalités : 1 pour
    - députés divers gauche : 1 pour, 1 abstention
  • Groupe Gauche Démocrate et Républicaine : 2 pour, 11 contre, 2 abstentions
    - députés PCF (Front de Gauche) : 7 contre
    - députés FASE (Front de Gauche) : 2 contre
    - députés DVG (Front de Gauche) : 1 contre
    - députés Mouvement Indépendantiste Martiniquais : 1 contre, 1 abstention
    - députés Mouvement Pour la Réunion : 1 abstention
    - députés Parti Socialiste Guyannais : 1 pour
    - députés Rassemblement Démocratique Martiniquais : 1 pour
  • Députés non inscrits : 1 pour, 6 contre, 2 députés n'ayant pas pris part au vote
    - députés FN : 1 contre
    - députés Rassemblement Bleu Marine : 1 contre
    - députés Mouvement Pour la France : 1 contre
    - députés Debout La République : 1 contre
    - députés Centre National des Indépendants et Paysans : 1 contre
    - députés Ligue du Sud : 1 contre
    - députés MoDem : 1 député n'ayant pas pris part au vote
    - députés PS : 1 député n'ayant pas pris part au vote
    - députés PS dissident : 1 pour

 

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07/09/2014

Réunion de rentrée : un premier pas constructif pour relancer le Front de Gauche !

Nous étions plusieurs camarades de République et Socialisme présents lors de la réunion de rentrée du Front de Gauche, à laquelle étaient présents quelques 300 participants, issus des différentes organisations du Front de Gauche, mais également de nombreux militants syndicaux et associatifs, ainsi que des personnalités qui accompagnent le Front de Gauche.

Près d'une centaine d'interventions se sont succédées au cours des trois temps forts de l'événement, apportant des analyses de la situation présente, des témoignages sur les expériences réussies et échouées de fonctionnement du Front de Gauche et des suggestions sur la manière de le continuer, soulignant les convergences et les divergences d'appréciation sur des questions comme l'autonomie, les buts du Front de Gauche et les liens à entretenir avec le mouvement social et associatif, avançant des pistes pour refonder un projet, mettre en échec la droite et le FN et combattre le gouvernement et sa politique antisociale, etc. Des interventions nombreuses et profitables qui ont permis de fournir un panorama des attentes et des objectifs de celles et ceux qui font le Front de Gauche, et dont la synthèse permet d'avancer des pistes d'action et de réflexion pour la suite.

Une chose de certaine : le Front de Gauche continue bien, contre les rumeurs des Cassandres de la presse, et nous sommes tous toujours autant motivés pour le continuer, l'élargir, le transformer, afin d'en faire l'outil dont le peuple se saisira pour reconquérir sa souveraineté !

 

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Parmi les premiers arrivés, notre camarade Philippe a déjà installé la table de R&S.

 

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Débutant la journée, l'intervention de Patrice Bessac, maire de Montreuil, qui accueille l'événement.

 

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Pendant l'intervention préliminaire de Francis Parny, du PCF, l'un des organisateurs de la journée.

 

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Intervention de Jean-Luc Mélenchon, du PG.

 

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Intervention de Christian Pierrel, du PCOF.

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Intervention de Clémentine Autain, d'Ensemble.

 

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Intervention de Christian Picquet, de la GU.

 

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Pendant l'intervention de Lucien Jallamion, de R&S.

 

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Intervention d'Eric Coquerel, du PG.

 

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Jean-Pierre Fourré, Françoise Lipschitz et Lucien Jallamion
à la table de R&S avant la reprise des travaux à 14h30.

 

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Avant la reprise des travaux, la salle se remplit.

 

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Une salle pleine et attentive pendant les travaux de l'après-midi.

 

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Intervention de Marie-Christine Vergiat, députée européenne Front de Gauche.

31/08/2014

Oui, reconstituer le parti des Rouges !

Les rouges.jpgRéflexions à partir du roman Les Rouges de Pascale FAUTRIER

 

C’est une belle fresque que nous livre Pascale Fautrier avec Les Rouges. Son volumineux et ambitieux roman retrace plus de 200 ans d’histoire de la gauche française. De la Révolution française au militantisme étudiant des années 1980 en passant par les pages héroïques de la Commune, du Front populaire et de la Résistance, sans oublier Mai 68 et la victoire de mai 1981 Pascale Fautrier fait revivre avec talent ces moments où les travailleurs « se lancèrent à l’assaut du ciel ». On suit avec plaisir les aïeux bourguignons de Pascale Fautrier qui, de 1789 à nos jours, épousèrent tous les grands combats du mouvement ouvrier et démocratique français. Elle n’évacue cependant pas la page sombre du stalinisme qui dénatura l’espérance socialiste. Le livre est également un éloge de la transmission d’une histoire en train de d’évaporer mais dont les grands parents de la narratrice, les vaillants communistes de Migennes, Madelaine et Camille, ont veillé à ce que la flamme rouge demeure vivace pour les nouvelles générations. Mettant en exergue un extrait du discours d’investiture de Mitterrand en mai 1981 c’est bien « ces millions d’hommes et de femmes qui deux siècles durant (…) ont façonné l’histoire de France sans y avoir accès » qui sont au centre de ce livre plus actuel que jamais à l’heure où le gouvernement Hollande-Valls au pouvoir tourne justement le dos à cet héritage.

 

Des jacobins aux trotskistes avec Camélinat comme guide

 

L’histoire débute avec l’évocation de la belle figure de l’ancêtre jacobin Antoine. A l’ombre de la basilique de Vezelay, ce rude paysan a cultivé une haine tenace du clergé et des aristocrates. Il voue un véritable culte au député Montagnard Lepeltier de Saint-Fargeau. Ami de Robespierre, assassiné par un royaliste la veille de l’exécution de Louis XVI, ce noble qui possède un château en Bourgogne a pris le parti du peuple qu’il veut sortir de l’ignorance par un grand plan d’éducation. La famille d’Antoine est amie avec celle du forgeron Camélinat dont elle partage les convictions républicaines. Les petits enfants des deux jacobins poursuivent le combat et s’enflamment aux côtés des démocrates socialistes de la Seconde République. Avec la répression du soulèvement ouvrier de juin 1848 c’est au cours de cette période qu’apparaissent les premières fractures à gauche entre ceux qui veulent gérer loyalement le capitalisme en arrachant quelques miettes pour les ouvriers et ceux qui veulent radicalement transformer le système. Ces années de défaites et de répression où Napoléon III établit son Empire sont traversées par l’évocation du député de la Nièvre Pierre Malardier. Instituteur du peuple, infatigable propagateur des idées socialistes dans les campagnes du Morvan, il incarne le meilleur des traditions de la gauche. Ayant payé son engagement de sept années d’exil sous le second Empire puis de huit nouvelles années de détention pour son soutien à la Commune de Paris, Malardier s’est toujours fermement tenu du côté des Rouges, quel qu’en soit le prix à payer. Un extrait d’un de ses discours résume bien la démarche du roman: « le socialisme cherche par la démocratie radicale des remèdes à la question sociale et politique. Il y a une lutte entre la bourgeoisie et le peuple. Vive la fin de la misère et de l’inégalité ! Plus de domestiques, plus de prolétaires ! ».

 

C’est au cours de ces combats contre Napoléon III que le jeune Camélinat, arrière-petit-fils du jacobin, forge ses solides convictions révolutionnaires. Quittant le village ancestral de Mailly pour aller se faire ouvrier à Paris, Camélinat suit, comme des milliers de jeunes provinciaux, le chemin de l’exode rural. L’industrialisation pousse les ruraux vers les villes, déplaçant ainsi le cœur de la lutte ouvrière vers les milieux urbains. Ouvrier bronzier, Camélinat se mêle bien vite aux tentatives d’organisation syndicale des travailleurs parisiens. Il adhère en 1864 à la section française de l’Association internationale des travailleurs créée à Londres par Karl Marx. Au printemps 1871, Camélinat prend toute sa place dans les rangs de la Commune de Paris où il occupe le poste de directeur des Monnaies. Le scrupuleux militant ouvrier hésite à faire main basse sur le trésor de la banque de France pour le mettre à disposition du peuple. Lors de la semaine sanglante, il parvient à se cacher puis à gagner Londres où il reste en exil jusqu’à l’amnistie de 1880. Il y côtoie Marx et Engels et s’imprègne de la pensée des philosophes allemands en gardant toutefois une certaine distance avec le marxisme orthodoxe. Revenu en France il se fait élire député de Paris en 1885 et constitue le premier groupe parlementaire se réclamant explicitement du socialisme. Il participe à l’unification des différents courants socialistes qui donne naissance à la SFIO en 1905. Camélinat en est le trésorier et adhère pleinement à la synthèse jaurésienne qui croise l’héritage républicain et les combats du mouvement ouvrier. Il est aux côtés de Jaurès lorsque le tribun est assassiné le 31 juillet 1914 à Paris. D’abord rallié à l’effort de guerre, Camélinat prend progressivement ses distances et adhère en décembre 1920 au parti communiste qui se constitue. Il devient, au fil des ans, le symbole vivant de la Commune dont il est le dernier survivant. Ses obsèques en 1932, dans le petit cimetière de Mailly la ville sont une démonstration de force, orchestrée par le PCF, en faveur d’une certaine idée du mouvement ouvrier.

 

Dès lors le pèlerinage sur la tombe de Camélinat devient un gage de fidélité aux valeurs du socialisme. A Mailly-la-Ville, les grands-parents de la narratrice fondent une cellule communiste portant le nom du Communard et c’est fort logiquement que le maquis bourguignon reprend encore, tel un étendard, le nom de Camélinat. Madeleine, la grand-mère se fait alors passeuse de mémoire et va patiemment raconter à sa petite-fille l’histoire des luttes populaires. Madeleine et son mari Camille s’établissent à Migennes, bastion cheminot où les militants du PCF sont très actifs. On suit les luttes de l’après-guerre et les heures terribles de la guerre froide. Le stalinisme est la colonne vertébrale du PCF et fait des ravages dans ses rangs. Cependant, on ne peut être que touché par l’abnégation et le dévouement de ces militants communistes qui frappent aux portes des cités cheminotes et vont à la rencontre du peuple pour vendre l’Humanité dimanche. Le père de la narratrice, fils de Madeleine et Camille, plonge aussi dans le bain militant avec ferveur. Instituteur, il est un militant discipliné qui applique la ligne sans sourciller. Les premiers doutes affleurent au moment de Mai 68 et Bernard s’éloigne d’un PCF sclérosé et irrémédiablement aligné sur l’URSS. En 1970, ses dernières illusions tombent lorsque la fédération de l’Yonne instruit un procès en sorcellerie à son encontre. Ouverture des courriers, mensonges, pressions… rien n’est de trop pour « démasquer » le traitre. Il se réfugie alors dans un communisme libertaire teinté de psychanalyse lacanienne. C’est sa fille Madeleine, la narratrice, qui reprend le flambeau militant en rejoignant, après le 10 mai 1981, l’OCI trotskiste de Pierre Lambert et l’UNEF-ID alors dirigée par un certain Jean-Christophe Cambadélis. Commence alors un dialogue entre Madeleine, toujours fidèle au vieux Camélinat et à ceux de Migennes, et « JC », apparatchik trotskyste puis député socialiste et aujourd’hui premier secrétaire du PS. La romancière rappelle avec force la grande histoire des Rouges à un « JC » qui lui a désormais largement tourné le dos.

 

Migennes où un concentré de la France d’aujourd’hui

 

Les derniers pages du livre sont une excellente réflexion sur le recul des concentrations ouvrières et le déclin du militantisme de gauche traditionnel. Prenant l’exemple de la ville cheminote de Laroche-Migennes, Pascale Fautrier pointe avec acuité le terreau sur lequel prospère le Front National. Cette France des marges, socialement et économiquement reléguée, heurtée de plein fouet par la désindustrialisation donne depuis quelques années ses meilleurs scores à l’héritière de Montretout… La conscience de classe y a reculé sous les coups de boutoirs du néolibéralisme. Pascale Fautrier écrit: « chassés des villes, émiettés, spoliés de leur tradition politique et syndicale, isolés dans de minuscules entreprises perdues dans la campagne, où l’arbitraire règne, et qui sont tout ce qui reste du tissu industriel français, les ouvriers partagent avec les employés , les mêmes bas salaires et la même précarité. (…) La plupart de ses salariés ne possèdent rien, ils sont des prolétaires (…). En France la moitié de la population gagne moins de 1600 euros par mois ». La base sociale de la gauche, cette classe en soi pour parler en termes marxistes, existe donc bel et bien mais laminée par 35 ans de défaites et de trahison elle s’est délitée, réfugiée dans l’indifférence politique.

 

La politique de Hollande-Valls où la négation de l’histoire des Rouges

 

Ces millions d’hommes et de femmes font encore épisodiquement irruption sur le devant de la scène sociale et politique et se rappellent au bon souvenir des appareils politiques depuis longtemps vidés de leur substance populaire. Les centaines de drapeaux rouges envahissant la Bastille le 18 mars 2012 pour revendiquer, avec le Front de Gauche, une VIe République en sont une belle illustration. Défié par les déclarations belliqueuses de Sarkozy le 1er mai 2012, la majorité du monde du travail s’est vengée dans les urnes le 6 mai en infligeant au président des riches une défaite méritée. Les illusions sur la gauche au pouvoir étaient certes tombées mais le peuple attendait quelques améliorations qui, depuis plus de deux ans, ne sont jamais venues. Le Front de gauche avait d’emblée refusé la participation à un gouvernement qui n’entendait pas sortir des sentiers battus du libéralisme. Acceptation du traité de rigueur budgétaire européen dès l’automne 2012, refus d’augmenter les bas salaires et d’amnistier les syndicalistes, allongement de la durée de cotisation pour une retraite à taux plein, refus d’une vraie réforme fiscale, abandon des ouvriers de l’aciérie de Florange à leur triste sort… le président Hollande inaugurait son mandat par une série de capitulations sans condition.

 

Le pire était encore à venir avec la reprise de tout un pan du programme économique du MEDEF et du terrible substrat idéologique sur le prétendu coût du travail. La guerre à la finance ne fut jamais à l’ordre du jour et le capital dort tranquillement sur ses deux oreilles. Le pacte de responsabilité annoncé en janvier 2014 et ses 41 milliards d’euros de baisse de cotisations sociales offert au patronat ainsi que les coupes drastiques dans les budgets publics ont achevé la mutation libérale d’une partie de la gauche. Tournant sans complexe le dos à l’histoire des Rouges, cette politique de droite a désespéré un peu plus un peuple de gauche au moral déjà chancelant.

 

Reprendre le drapeau : reconstituer le parti des Rouges

 

Dès lors comment rebondir alors que le Front national menace et que les réformes de Valls lui ouvrent un boulevard ? Cette rupture avec tous les fondamentaux de la gauche ouvre paradoxalement une brèche pour reconstruire une perspective. Le Front de gauche, qui a eu le mérite de résister aux sirènes libérales, n’est pas parvenu à convaincre de sa capacité à incarner à lui seul l’alternative à Hollande. Mélenchon a parfois eu tendance à oublier les profondes aspirations unitaires qui irriguent les veines du peuple de gauche. C’est ainsi que le NPA a sombré depuis trois ans. La récente éviction du gouvernement de Montebourg et Hamon, qui avaient osé émettre quelques timides critiques sur le cap économique de Valls, prouve que le doute s’est insinué jusque dans les rangs du PS et au-delà de sa traditionnelle aile gauche. Les écologistes ont quitté le gouvernement et le MRC, qui avait rejeté le pacte de stabilité européen dès le départ, n’a pas voté le pacte de responsabilité à l’Assemblée. On trouve là des raisons d’espérer.

 

Socialistes contre l’austérité, communistes, trotskystes unitaires, républicains sociaux, éco-socialistes…les contours d’un nouveau parti des Rouges se dessinent sous nos yeux. Refonder un tel parti des travailleurs, démocratique et pluraliste, au carrefour de toutes les identités de la gauche française est un beau et grand défi. Ce pourrait être la manière de rendre espoir aux millions d’ouvriers et d’employés qui, ne se sentant plus représentés, se sont tournés depuis longtemps vers le FN ou l’abstention. Plusieurs préalables doivent être levés pour atteindre cet objectif. La gauche socialiste n’a pas encore renoncé à conquérir la majorité au sein du PS, l’appareil du PCF n’est pas prêt à accepter de se dépasser tandis que certains réflexes sectaires d’une partie de l’extrême gauche ne facilitent pas les choses. Les vaines batailles internes des uns et les illusions des autres ne pourront cependant durer éternellement. La question d’une nouvelle représentation politique du monde du travail finira par se poser et le livre de Pascale Fautrier est une excellente entrée en matière. Il existe néanmoins des écueils à éviter. La construction d’un parti révolutionnaire d’avant-garde est dépassée. De même la constitution d’une force démocrate sans rivage, niant sa filiation avec le mouvement ouvrier comme en Italie, est un contre-exemple absolu. C’est en réalité le projet de Valls et de l’aile droite socialiste.

 

Reformer le parti des Rouges permettrait de conjurer une telle catastrophe. La fondation de la SFIO en 1905 peut être une référence utile. Dépassant leurs vieux débats ce n’est pas moins de cinq courants socialistes qui faisaient leur unité à la salle du Globe. Guesdistes, jaurésiens, néo-blanquistes, broussistes et possibilistes se rassemblaient dans un grand parti. Deux préalables étaient posés : la reconnaissance de la lutte des classes et le refus de participer à un gouvernement dit bourgeois. Forte de son unité la SFIO attire rapidement de nouveaux adhérents et augmente ses scores électoraux d’élections en élections jusqu’à la cassure de 1920. Aujourd’hui les deux préalables à la reconstruction d’un tel parti des Rouges seraient le refus du carcan austéritaire imposé par les traités européens et la volonté de bâtir une VIème République démocratique, sociale et laïque. Ce nouveau parti des Rouges repartirait ainsi à la conquête de cette France des marges que cherche à séduire le FN. Désobéir aux directives européennes, mettre fin au règne patronal dans l’entreprise et en finir avec le présidentialisme remettraient au centre du débat le concept de souveraineté populaire, permettant ainsi au peuple et aux salariés de reprendre en main leur destin et de couper l’herbe sous le pied au FN. La tribune des meetings contre la constitution européenne en 2005 et les rassemblements populaires du Front de gauche pendant la dernière campagne présidentielle préfigurent déjà ce nouveau parti des Rouges. 100 ans après la mort de Jaurès ce serait une belle manière d’être fidèle au vieux Communard Camélinat. A défaut d’arriver à cet objectif ambitieux, que tous ceux qui veulent rester fidèles à la grande histoire ouvrière et offrir un autre cap à la gauche que celui fixé par Hollande s’unissent autour d’un projet qui rende sa fierté à ceux qui travaillent sans recevoir la part qu’ils méritent.

 

Julien GUERIN (république et socialisme 77)

 

29/08/2014

Séminaire d'été de République et Socialisme : un franc succès pour notre mouvement et pour contribuer à refonder à gauche !

Cette année, nos camarades de République et Socialisme en Aquitaine accueillaient notre séminaire national d'été les 22 et 23 août, à Billère, dans les Pyrénées-Atlantiques (64).

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Le vendredi soir et le samedi matin étaient consacrés à une rencontre et des travaux internes au parti, dans l'optique de son développement et de son implantation, ainsi que de la contribution que nous pouvons apporter, aux côtés de nos camarades du Front de Gauche ainsi que de toutes celles et tous ceux qui veulent promouvoir un changement de politique vers une république sociale, aux grands enjeux qui se présentent à nous aujourd'hui, que ce soit sur les terrains institutionnel, des luttes sociales, de l'information de nos concitoyens, etc.

Notre volonté de prendre pleinement part aux reconstructions en cours à gauche s'est notamment manifestée par l'organisation, le samedi soir, d'une table ronde "refonder à gauche" réunissant Lucien Jallamion, notre secrétaire général, Olivier Dartiguolles, élu palois et porte-parole du PCF, Nathalie Chabanne, députée élue dans la deuxième circonscription des Pyrénées-Atlantiques et membre du courant de l'aile gauche du PS "Un monde d'avance", Isabelle Larrouy, conseillère régionale Front de Gauche d'Aquitaine, Jean-Yves Lalanne, maire de Billère et membre du courant de l'aile gauche du PS "Démocratie et Socialisme", et Isabelle Sargeni-Chetaud, membre d'Ensemble.

L'événement a attiré une centaine de personnes et a été l'occasion d'échanges fructueux.

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Avant la table ronde, le public attend l'ouverture de la salle.

 

2014-08-23 - Billère 01.jpg2014-08-23 - Billère 02.jpgseminaire 3 242.jpgseminaire 3 244.jpgseminaire 3 244.jpgseminaire 3 255.jpgseminaire.jpg
Pendant la table ronde "refonder à gauche".

 

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Les camarades de R&S présents à l'événement.

 

Un événement dont la presse locale a rendu compte :

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19/07/2014

Intervention de Lucien Jallamion aux Journées de Bellerive + intégralité des Journées

Invité au "rassemblement pour un sursaut des socialistes et de la gauche" organisé à l'initiative de plusieurs courants du Parti Socialiste (Maintenant La Gauche, Oser plus loin plus vite, Un monde d'avance, Les socialistes affligés, Socialistes contre l'austérité, Nouvelle voie socialiste et Démocratie et Socialisme), Lucien Jallamion, secrétaire général de République et Socialisme s'est exprimé le 21 juin sur les recompositions à gauche et en particulier les convergences qui peuvent naître entre le Front de Gauche et certaines sensibilités du Parti Socialiste, sur la base de diagnostics communs et avec à cœur de fournir aux luttes un débouché politique. Voici son intervention :


Intervention de Lucien Jallamion aux journées... par republiqueetsocialisme

 

L'intégralité des Journées de Bellerive :

 

Samedi matin : débat sur la réforme territoriale


Bellerive 2014 - La réforme territoriale Partie... par 2014bellerive


Bellerive 2014 - La réforme territoriale Partie... par 2014bellerive


Bellerive 2014 - La réforme territoriale Partie... par 2014bellerive


Bellerive 2014 - La réforme territoriale Partie... par 2014bellerive


2014 Bellerive - La réforme territoriale Partie... par 2014bellerive

 

 

Samedi après-midi : débat sur l'état du PS et de la gauche


Bellerive 2014 - Débat sur l'état du PS et de... par 2014bellerive


Bellerive 2014 - Débat sur l'état du PS et de... par 2014bellerive


Bellerive 2014 - Débat sur l'état du PS et de... par 2014bellerive


Bellerive 2014 - Débat sur l'état du PS et de... par 2014bellerive


Bellerive 2014 - Débat sur l'état du PS et de... par 2014bellerive

 

 

Dimanche matin : synthèse


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07/07/2014

Communiqué : Trois mois après la nomination du gouvernement Valls, œuvrer à la recomposition de la gauche pour la République sociale

Logo R&S-FdG Petit avec FdG.jpgParis le 7 juillet 2014

 

Alors que plus de trois mois se sont écoulés depuis la mise en place du gouvernement de Manuel Valls et alors que s'ouvre la conférence sociale, il est temps d'établir un premier bilan de l'action de ce "gouvernement de combat" nommé en réaction au très mauvais résultat obtenu par le PS aux élections municipales, mauvais résultat confirmé et amplifié à l'occasion des élections européennes.

 
Contre toutes les accusations de procès d'intention faites à ceux qui, comme nous, dénonçaient les orientations antisociales de ce gouvernement qui a continué et même aggravé la politique de son prédécesseur, nous pouvons, après trois mois, juger sur pièce la politique du gouvernement Valls.

 

Force est de constater que nos préventions ont été plus que largement confirmées. Dès le discours de politique générale du premier ministre, nous avions obtenu confirmation du maintien du cap de la politique gouvernementale, et même de son accélération. Il n'était presque question que de dénoncer le "coût du travail", de pointer du doigt les "charges", de promettre une "baisse de la dépense publique", etc. Les députés Front de Gauche et écologistes qui ont voté contre cette déclaration, les députés PS, radicaux et écologistes qui s'y sont abstenus, ont eu raison de le faire. Ce n'était pas là la déclaration d'un "gouvernement de combat" mais d'un gouvernement de capitulation, reprenant jusque dans les termes employés les antiennes du MEDEF.


Malheureusement, ce discours n'était que la préfiguration de la logique des choix du gouvernement. Du programme de stabilité à la réforme ferroviaire, de la réforme territoriale au gel des retraites, les mesures emblématiques qui font la cohérence de l'action gouvernementale renvoient toutes aux mêmes objectifs : des économies de bouts de ficelle pour compenser les sacrifices consentis aux entreprises. On en arrive logiquement à évoquer le fameux "pacte de responsabilité". Fait sien dès le premier jour par Manuel Valls, cet ambitieux "pacte", qui n'est que la redite de la désastreuse politique menée sur consigne du CNPF par le gouvernement Chirac en 1986 et qui a échoué à relancer l'emploi, a pris la forme d'une baisse sans précédent de la contribution des entreprises, en échange de contreparties purement verbales.


La violence de ce "pacte", son caractère antisocial particulièrement visible, a suscité jusque dans les rangs de la majorité parlementaire des critiques et des oppositions. Alors que ce que la presse a pris l'habitude de nommer "la fronde" s'est d'ores et déjà étendue bien au-delà de la seule aile gauche du Parti Socialiste, le gouvernement et ses affidés font des pieds et des mains pour circonscrire et délégitimer la contestation, qu'elle soit interne ou externe à la majorité parlementaire. On a ainsi pu voir Bruno Le Roux affirmer que les "frondeurs" "deviendraient en l'espace de quelques minutes les champions de l'orthodoxie la plus forte" si on leur donnait des postes, des menaces de sanction disciplinaire circuler un peu partout et le gouvernement suspendre le vote sur le budget rectificatif de la Sécurité Sociale, qui met en place les premières mesures du "pacte de responsabilité", faute d'avoir pu mobiliser ses troupes.

 


L'orientation est donc assumée, mais la pression des critiques au sein de la majorité pousse le gouvernement Valls à des contorsions inattendues, sans pour autant la remettre en cause. Cependant il n'y a pas qu'aux pressions des "frondeurs" que le gouvernement est sensible. Aux mesures antisociales prises et assumées viennent s'ajouter des renoncements en rase campagne. Face aux exigences du MEDEF, le gouvernement a décidé de l'ajournement à 2016 de la généralisation du "compte pénibilité", pourtant "contrepartie" dont se gargarisaient le gouvernement Ayrault et ses soutiens pour justifier les reculs sociaux de la réforme des retraites, tandis que la généralisation de "l'ABCD de l'égalité" a été abandonnée suite à une série de campagnes diffamatoires et paranoïaques provenant de franges parmi les plus rétrogrades de la droite et de mouvances proches de la "manif pour tous" et du "printemps français".

 

La promptitude du gouvernement à céder face aux levées de boucliers du patronat et des conservateurs contraste amèrement avec la rigidité cultivée à l'égard des contestations sociales, comme en témoignent les réactions à la grève de la SNCF et des intermittents.

 


En trois mois d'action, le gouvernement Valls a démontré par ses agissements son choix opéré en faveur des puissants et du "monde de la finance" dénoncé par François Hollande comme son "adversaire" lors de sa campagne. Alors que se profile le vote sur le budget rectificatif de la Sécurité Sociale et que les méthodes du gouvernement menacent le déroulement et l'existence même de la conférence sociale, construire des convergences à gauche pour mettre en minorité cette orientation délétère est devenu une nécessité. République et Socialisme entend contribuer à ces convergences et au travail nécessaire de recomposition de la gauche, au service de l'idée de la République sociale, qui doit redevenir un objectif central d'une gauche renouant avec elle-même.

 

 

 

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Le communiqué sur le site national de République et Socialisme.

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