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23/08/2016

Largo Caballero, un socialiste espagnol à l'épreuve de l'histoire, par Julien Guérin

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Dirigeant de premier plan du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol et du syndicat UGT durant l'entre-deux guerres, Francisco Largo Caballero fut une figure majeure du mouvement ouvrier. Ministre lors des premiers gouvernements de la seconde République espagnole, partisan d'un pacte entre toutes les tendances du mouvement ouvrier, chef du gouvernement après le déclenchement de la guerre civile, il est une figure incontournable pour essayer de saisir les enjeux de la période, la lutte pour le socialisme, les succès et les échecs de la seconde République espagnole et ceux du camp républicain face au coup d'état militaire et à l'insurrection armée de la droite et de l'extrême-droite espagnole.

Notre camarade Julien Guérin se penche de près sur l'homme et son action dans un ouvrage paru récemment aux Éditions de Matignon, que nous vous invitons à vous procurer.

 

Largo Caballero - Un socialiste espagnol à l'épreuve de l'histoire, par Julien Guérin, Éditions de Matignon, 7€

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09/02/2016

Redécouvrir Eugen Debs une des sources d’inspiration de Bernie Sanders

Les récents succès de Bernie Sanders lors des élections primaires américaines et l’enthousiasme militant grandissant autour de sa campagne font redécouvrir à des milliers de personnes qu’une gauche combative existe bel et bien au cœur de la première puissance capitaliste mondiale. Sanders reprend en réalité le drapeau du mouvement ouvrier américain, largement en berne depuis des années, mais plongeant ses racines dans une histoire vivante trop souvent ignorée. Les travaux du grand historien Howard Zinn et son Histoire populaire des USA avaient mis en lumière les luttes populaires, indiennes, paysannes et ouvrières qui ont jalonné les cinq siècles d’histoire de la jeune nation américaine mais qui sont relégués en marge d’une histoire officielle faite par les puissants. Dans cette longue tradition, la figure d’Eugen Debs occupe une place essentielle. A plusieurs reprises, Sanders s’est réclamé de l’héritage du leader du parti socialiste des Etats-Unis de la fin du XIXème et du début du XXème siècle.

Célébré par l’écrivain John Dos Passos qui en dresse un magnifique portrait dans son ouvrage Trilogie USA et remis récemment en lumière par le documentaire coréalisé par Daniel Mermet à partir du livre d’Howard Zinn, la belle figure militante de Debs est à redécouvrir.

Un syndicaliste de choc

Debs est né en 1855 dans l’Indiana. Son père est un bourgeois éclairé d’origine française qui transmet au jeune Eugen son amour du peuple et des textes progressistes de Victor Hugo et Eugene Sue. Malgré la fortune familiale, peut-être nourri de ces textes exaltant les valeurs populaires, Debs quitte l’école à 14 ans et devient conducteur de locomotive. Il s’engage alors à corps perdu dans la lutte syndicale dont les cheminots sont un des fers de lance. Secrétaire général du syndicat il se montre très attaché à la publication d’un bulletin en direction des différentes catégories de travailleurs. C’est dans cette visée qu’il crée en 1893 « l’American Railway Union » qui syndique dans une même organisation tous les ouvriers du rail, quelle que soit leur qualification. C’est cependant en 1894 que le nom de Debs apparaît sur le devant de la scène à l’occasion de la grande grève de la compagnie Pullman où les patrons règnent en maîtres. Face à une baisse de salaires de 28 % les cheminots se mettent massivement en grève et c’est bientôt toutes les lignes qui sont à l’arrêt. La grève paralyse le trafic et la distribution du courrier dans toute la région de Chicago. Le président américain de l’époque envoie la troupe à Chicago. La répression fait 13 morts, Debs est arrêté et emprisonné. La presse conservatrice se déchaîne alors contre Debs qualifié « d’ennemi de la race humaine » par le New-York Times.

Pour une représentation politique des travailleurs américains

En parallèle à la lutte syndicale, Debs est convaincu de la nécessité pour la classe ouvrière de faire élire des représentants lors des élections pour défendre ses intérêts propres. D’abord membre du parti démocrate, il est élu en 1884 à la chambre des représentants de l’Indiana. Après sa peine de prison où il découvre Marx, il quitte un parti qu’il juge trop modéré et qui n’a pas bougé un doigt pour le défendre lors de la grève des cheminots. Profitant de sa popularité issue de ce mouvement de masse, il lance en 1898 le parti socialiste démocratique des Etats-Unis dans le but explicite d’offrir une représentation politique digne de ce nom au monde du travail. Il juge que la fausse alternative entre démocrates et républicains doit être dépassée et que les salariés doivent disposer de leur propre parti. Son mouvement fusionne avec un autre petit groupe socialiste en 1901. S’adressant aux intellectuels progressistes comme l’écrivain Jack London qui rejoint ses rangs, aux syndicalistes, aux travailleurs immigrés, aux petits agriculteurs, le parti socialiste connait une certaine audience. Se réclamant du marxisme, le parti a néanmoins une pratique réformiste bien que se prononçant pour la nationalisation des secteurs clés de l’économie. Debs est candidat aux élections présidentielles de 1900, 1904, 1908 et 1912 où il obtient près d’un million de voix tandis que le parti socialiste parvint à faire élire deux députés nationaux. Fidèle à l’internationalisme ouvrier, Debs et les socialistes se dressent contre la première guerre mondiale. Ils mènent en 1917 une campagne résolue contre l’entrée en guerre des Etats-Unis. Poursuivi et condamné pour infraction à l’Espionnage Acte qui sanctionne toute entrave à l’effort de guerre américain, Debs se retrouve à nouveau derrière les barreaux en 1918. Condamné à dix ans de détention c’est depuis sa prison que le tribun se lance en 1920 dans sa cinquième campagne présidentielle. Dans des conditions difficiles il parvient à rassembler plus de 6 % des suffrages. Libéré en 1921, il rentre dans ses terres natales de l’Indiana en héros. Une foule immense accueille son retour au pays. Désormais considéré comme une figure morale de la gauche américaine Debs décède en 1926 dans l’Illinois.

Le socialisme en 2016 ?

Après 90 ans d’oubli et recul des idées de la gauche américaine dans un pays traumatisé par la guerre froide, la figure de Debs fait un fracassant retour sur le devant de scène avec la candidature de Bernie Sanders. Surfant sur le mouvement « Occupy Wall Street » de 2011-2012, dénonçant avec force les inégalités sociales et raciales qui minent le pays, le sénateur indépendant du Vermont électrise des salles de plus en plus nombreuses, à l’assistance toujours plus jeune. Déçus par l’expérience Obama, des pans entiers d’une population ne supportant plus la morgue de Wall Street se tournent vers le programme de Sanders. Sans être révolutionnaires, ses propositions font souffler un vent d’air frais sur la campagne américaine. Défenseur d’une véritable sécurité sociale pour tous, promoteur d’une réforme fiscale taxant hauts revenus et profits bancaires et augmentant les salaires, opposant résolu au traité transatlantique et aux guerres américaines en Irak, favorable à un accueil décent pour les immigrés et à un contrôle des armes plus stricts Sanders dénote dans un paysage politique droitisé, dominé par les questions religieuses et identitaires. Dans un meeting de 1910, Debs déclarait : « Je ne suis pas un leader travailliste ; je ne veux pas que vous me suiviez ou quoi que ce soit d'autre ; si vous cherchez un Moïse pour vous guider en dehors de la folie capitaliste, vous resterez exactement là où vous êtes. Je ne vous guiderais pas jusqu'à la Terre Promise si je pouvais, parce que si je vous y menais, quelqu'un d'autre vous en sortirait. Vous devez utiliser vos têtes comme vos bras, et vous sortir de votre condition actuelle ».

On dirait du Bernier Sanders en 2016 !

 

Julien GUERIN, République et Socialisme 77

22/10/2015

Olympe de Gouges : une femme en Révolution

Alors que le buste d'Olympe de Gouges doit faire son entrée prochainement à l'Assemblée Nationale, nous publions sur notre blog le texte de la conférence faite à son sujet par notre camarade Julien Guérin à Vaux-le-Pénil le samedi 10 octobre 2015. Résumé succin de sa vie et de ses engagements divers, il en souligne les indéniables courage et sincérité tout en en soulignant les fortes limites, notamment concernant celui de ses engagements le plus constant et notable, pour la fin de la traite négrière et l'amélioration des conditions de vie des esclaves noirs dans les colonies. Promue depuis une trentaine d'années par certaines tendances comme symbole du féminisme, Olympe de Gouges, avec ses ambiguïtés et ses convictions, est avant tout une actrice d'une période majeure de notre histoire, la Révolution.

Longtemps laissées en marge par une histoire officielle s’intéressant d’abord aux grands Hommes, aux opérations militaires et aux monarques, les femmes furent, durant des décennies, les « oubliées de l’Histoire ». Dans le sillage d’études historiques sur les catégories sociales dominées et accompagnant l’essor du mouvement féministe des années 1960 et 1970, l’histoire des femmes a peu à peu trouvé sa place à l’Université grâce à l’énergie et à l’abnégation d’historiennes, comme Michelle Perrot, qui ont beaucoup fait pour imposer les femmes comme des actrices incontournables de l’histoire de nos sociétés.

La Révolution française n’a pas échappé à ce phénomène d’amnésie collective autour du rôle des femmes, qui ne restèrent pourtant pas passives durant ces années décisives, enflammées et tourmentées. Actives lors de certaines journées révolutionnaires comme le 5 octobre 1789 où elles se mettent en route pour aller chercher le roi à Versailles et le placer sous la surveillance populaire à Paris, certaines femmes bravent l’ordre en place. Émergeant ces dernières années comme un symbole de ces combats pour l’égalité et la justice, Olympe de Gouges fut parmi ces femmes militantes courageuses. Partons à la découverte de sa vie, de ses combats et de ses idées sans toutefois en dresser un panégyrique et sans oublier les limites d’une pensée plus modérée que l’on pourrait le croire à priori.

Olympe de Gouges avant la Révolution de 1789

Olympe de Gouges est née en mai 1749 à Montauban. Elle est le fruit d’une union illégitime entre sa mère, Anne Mouizet, et Jean-Jacques le Front de Pompignan. Notable local et auteur de plusieurs pamphlets contre les philosophes des Lumières, l’avocat ne reconnaîtra jamais l’enfant bien qu’il l'introduira, des années plus tard, dans les milieux littéraires grâce à ses connaissances. Olympe grandit auprès de sa mère et de son mari, un dénommé Pierre Gouze, boucher de son état. Olympe transformera son nom de Gouze en Gouges. On connaît peu d’éléments sur la jeunesse de la future révolutionnaire. Elle reçoit quelques rudiments d’instructions chez les sœurs Ursulines de Montauban. A 17 ans, elle est mariée de force, au cuisinier de l’intendant. Un fils naît de cette union contrainte mais, trois ans plus tard, à 20 ans à peine, Olympe est veuve. Seule avec un enfant, jugeant étriquée la vie qu’elle mène à Montauban, elle profite du fait qu’une partie de sa famille vive à Paris pour tenter à son tour sa chance à la capitale. Deux convictions se sont d’ores et déjà solidement ancrées en elle : le mariage est un carcan pour la femme et le sort des enfants illégitimes est une injustice majeure. Elle mettra toute son énergie au service de ces deux causes.

Lorsqu’elle s’installe à Paris, la ville connaît alors un bouillonnement culturel et intellectuel intense. Les philosophes des Lumières diffusent leurs idées et font régner une atmosphère de liberté qui attire Olympe de Gouges. Certaines femmes, issues de la grande bourgeoisie et de l’aristocratie, tiennent des salons où se côtoient les penseurs des Lumières. Elle découvre avec bonheur les textes de Jean-Jacques Rousseau, tente de rattraper ses immenses lacunes de formation et se lie d’amitié avec Condorcet qui l’introduit dans les cercles littéraires de la capitale. Elle veut écrire mais plusieurs obstacles se dressent face à elle. Outre le fait qu’elle soit une femme, le français n’est pas sa langue maternelle et elle rencontre des difficultés à écrire seule. De plus, les sujets qu’elle entend étudier (traite des Noirs, mariage forcé, célibat des prêtres…) sentent trop le souffre pour les bien-pensants de son temps. En 1785 sort sa première pièce de théâtre, intitulée Zamore et Mirza, qui aborde l’épineuse question de la condition des Noirs dans les colonies. Sympathisante active de la Société des Amis des Noirs fondée par Mirabeau et Brissot, la sensibilité exacerbée d'Olympe de Gouges est heurtée par la traite des esclaves. Le comité de lecture de la Comédie Française valide le texte mais le lobby des colons se mobilise activement contre la représentation théâtrale et obtient gain de cause. Un violent libelle anonyme circule dans Paris contre la pièce qui ne sera jouée qu’à deux reprise en 1788. Audacieuse, Olympe de Gouges ne s’en laisse pas conter et publie une brochure où elle écrit : « l’espèce d’hommes nègres m’a toujours intéressée à son déplorable sort. A peine mes connaissances commençaient à se développer, et dans un âge où les enfants ne pensent pas, que l’aspect d’une Négresse que je vis pour la première fois, me porta à réfléchir, et à faire des questions sur sa couleur. Ceux que je pus interroger alors ne satisfirent point ma curiosité. Ils traitaient ces gens-là de brutes, d’être que le Ciel avait maudits ; mais, avançant en âge, je vis clairement que c’était la force et le préjugé qui les avaient condamnés à cet horrible esclavage, que la Nature n’y avait aucune part, et que l’injustice et le puissant intérêt des blancs avait tout fait. ».

Attirée par le théâtre et admiratrice de Beaumarchais, elle se lance dans une suite au Mariage de Figaro. Réputé être un esprit ouvert et plutôt favorable aux femmes, le dramaturge n’accepte pas que l’on puisse ainsi poursuivre son œuvre. Il met tout son poids dans la balance pour que la pièce d’Olympe de Gouges ne soit jamais jouée.  Elle lui répond ainsi dans un libelle public : « J’ose, sans avoir votre fortune, vous proposer un acte de bienfaisance. Je parie 100 louis, vous en mettrez 1000. En comparaison de nos deux fortunes c’est une offre raisonnable. Je gage donc de composer en présence du tout-Paris, assemblée s’il se peut dans un même lieu, une pièce de théâtre sur tel sujet qu’on voudra me donner » !

Elle continue de prendre la plume pour écrire des textes contre le mariage forcé, contre le célibat des prêts et rédige un ouvrage d’inspiration autobiographique. A partir de 1788, c’est vers la politique que se porte son intérêt.

Une révolutionnaire enthousiaste…

La situation économique et financière du Royaume, les inégalités sociales criantes dans le pays entraînent un mécontentement populaire massif. Les caisses sont vides et le peuple a faim. Le roi Louis XVI tente de dénouer la crise en convoquant une réunion des États généraux à Versailles. Les nobles, le clergé et le Tiers-Etat (paysan et bourgeois) élisent des représentants et rédigent des cahiers de doléances dans tout le pays. Les projets de réformes fleurissent et Olympe de Gouges n’est pas en reste. Ne pouvant être candidate aux États généraux, la plume est son arme. Elle écrit deux contributions fin 1788. Dans l’une d’elle, elle propose la mise en place d’un impôt sur le luxe qui frapperait les populations les plus riches. Elle réfléchit, pense l’organisation d’un nouveau système, mais ne remet pas fondamentalement en cause la monarchie. En mai 1789, lorsque s’ouvre les États généraux, elle s’installe à Versailles et n’hésite pas à écrire des dizaines de lettres aux députés pour donner son avis, interpeller, revendiquer. Elle suit les événements avec passion. L’histoire s’accélère soudain lorsque les représentants du Tiers-Etat refusent les nouveaux impôts proposés par le roi et font sécession se proclamant Assemblée nationale constituante. Craignant pour ses premières conquêtes, le peuple de Paris prend la Bastille le 14 juillet et forme une garde nationale. La « grande peur » dans les campagnes et les soulèvements paysans mettent à bas les privilèges et l’ordre féodal. Fin août 1789, la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen consacre les grandes libertés fondamentales et l’égalité des droits. Olympe de Gouges regarde ce mouvement d’un œil favorable. En 1790, elle tente de lancer un journal mais, ne parvenant pas à réunir les fonds nécessaires, elle doit renoncer. Elle participe aux réunions du club de la Révolution à Paris aux côtés de son ami Condorcet qui est l'un des rares défenseurs du droit des femmes à la citoyenneté.

Elle poursuit son travail d’écriture et dédie l’une de ses pièces à Mirabeau qu’elle admire beaucoup, ignorant le double jeu de ce révolutionnaire plus qu’ambigu. La tentative avortée de fuite du roi reconnu à Varennes en juin 1791 marque une profonde rupture de confiance entre peuple et « son » monarque. Des voix commencent à s'élever en faveur d’une République. Olympe de Gouges garde un attachement au roi et se tient constamment à l’écart du mouvement républicain. Lorsque la France entre en guerre au printemps 1792, la duplicité royale devient flagrante. Louis XVI et Marie-Antoinette souhaitent, à l’évidence, une défaite de la France révolutionnaire. Olympe de Gouges ne semble pas percevoir cela et craint les débordements populaires. Le 10 août 1792, le roi est déchu et emprisonné. La République est proclamée le 21 septembre. Louis XVI est alors jugé pour trahison, Olympe se propose comme avocat du monarque et s’oppose de toutes ses forces à son exécution qui a lieu le 21 janvier 1793. La Convention nationale, élue en septembre, se divise en deux grandes tendances politiques : Les Montagnards, dirigés par Robespierre, Danton ou Marat, sont plus proches des revendications du petit peuple de Paris ; tandis que les Girondins, plus modérés, sont majoritaires dans ces premiers mois de la République. Olympe de Gouges soutient leur action jusqu’à leur chute le 2 juin 1793. La situation de la France révolutionnaire est alors dramatique : la Vendée catholique s’est soulevée contre la République, les classes populaires souffrent de l’augmentation des prix du pain et les armées étrangères cernent le pays. Perçus comme impuissants à mettre en œuvre des mesures énergiques pour sauver la Révolution, les Girondins sont évincés du pouvoir par le soulèvement du peuple de Paris. Les Montagnards accèdent aux commandes du gouvernement révolutionnaire et font rédiger une nouvelle constitution. Olympe de Gouges multiplie les maladresses. Elle a dédicacé une nouvelle pièce de théâtre au général Dumouriez, héros de la victoire de Valmy, proche des Girondins, qui a trahi les armées républicaines en passant à l’ennemi Autrichien. En juillet 1793, Olympe de Gouges rédige une affiche anonyme, les Trois urnes ou le salut de la Patrie, où elle propose qu’un référendum soit organisé dans le pays pour permettre aux Français de choisir entre une monarchie constitutionnelle, choix qui aurait sa préférence, une République décentralisée ou une République unitaire telle que la conçoivent les Montagnards. Dénoncée par l’imprimeur, elle est arrêtée. Elle est accusée de vouloir le retour de la royauté et d’avoir dédicacée un texte au traître Dumouriez. Emprisonnée durant presque quatre mois, elle passe devant le Tribunal révolutionnaire de l’intraitable Fouquier Tinville le 2 novembre. Condamnée à mort, elle est guillotinée le lendemain.

…mais bien modérée

Femme engagée dans le tumulte révolutionnaire, Olympe de Gouges se tient néanmoins constamment du côté de la modération politique et sociale. Sur la question de l’esclavage des Noirs, elle prend des positions courageuses et condamne la Traite des humains mais ne remettra jamais en cause le système esclavagiste lui-même. Les révoltes des esclaves de Saint-Domingue entraîneront l’abolition en février 1794 par ses adversaires politiques Montagnards. De même, elle ne se prononce jamais clairement pour le suffrage universel et condamne la Constitution de 1793. Texte constitutionnel le plus démocratique de l’Histoire de France, jamais appliqué pour cause de guerre, Olympe de Gouges y voit l’expression de l’extrémisme des Jacobins. Sa méfiance devant les mouvements populaires est constante et son soutien à la politique économique et sociale de ses amis Girondins est une évidence. Elle est défavorable à une intervention de l’État dans l’économie et contre la taxation des commerçants. Nul doute qu’elle se serait opposée à la loi du Maximum de l’automne 1793. En 1792, une manifestation populaire dégénère à Étampes, le maire de la ville est tué par une foule affamée et en colère. Réprouvant cette action, Olympe de Gouges participe activement à une manifestation en l’honneur du défunt et organise un cortège de femmes en l’honneur du maire « martyr de la liberté ». Monarchiste de cœur, très réservée sur l’idée républicaine, Olympe de Gouges fait preuve d’une très grande indulgence à l’égard de la reine à qui elle adresse plusieurs de ses textes dont sa fameuse Déclaration des droits de la Femme et de la citoyenne. A-t-elle, à la manière d’un Mirabeau ou d’un Danton, joué double jeu ? Rien ne permet de l’affirmer. Elle a été approchée par l’entourage de la reine mais a refusé une pension royale pour garder son indépendance et sa liberté. Loin d’être la pasionaria révolutionnaire telle que certains l’imaginent et la rêvent, Olympe de Gouges est d’abord et avant tout une femme des Lumières qui sous bien des aspects, demeure au milieu du gué…

Un symbole de la lutte jamais achevée pour l’égalité

La plus intéressante contribution d’Olympe de Gouges demeure son audacieuse Déclaration des droits de la Femme et de la citoyenne publiée en 1791. Reprenant, féminisant et complétant la Déclaration des droits de l’Homme d’août 1789, elle réclame rien de moins que l’égalité des sexes. Elle fait précéder son texte d’un audacieux préambule dans lequel elle s’adresse directement aux hommes en ces termes : «HOMME, es-tu capable d’être juste ? C’est une femme qui t’en fait la question ; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. Dis-moi ? Qui t’a donné le souverain empire d’opprimer mon sexe ? Ta force ? Tes talents ? ». Loin de renvoyer la seule responsabilité de leur oppression aux hommes, Olympe n’hésite pas non plus, dans un postambule, à interpeller les femmes pour qu’elles prennent en main leurs propres affaires et luttent ensemble : « Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation ».


Les combats d’Olympe de Gouges pour l’égalité des sexes sont loin d’être terminés en ce début de XXIème siècle. Les femmes demeurent plus précaires, moins bien payées que les hommes et de manière générale moins considérées. Les idées d’Olympe de Gouges permettent, même si elles sont limitées, de reprendre le flambeau et d’avancer vers la réalisation de cette promesse démocratique et sociale essentielle.

Julien GUERIN, République & Socialisme 77

 

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21/09/2015

Il y a 223 ans : la réunion de la Convention Nationale

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Nous sommes le 21 septembre 2015. Il y a 223 ans jour pour jour, la Convention Nationale, convoquée après l'insurrection du 10 août et la déposition du roi, se réunissait alors pour la première fois, au lendemain de la victoire lors de la bataille de Valmy. À l'unanimité, elle déclarait l'abolition de la royauté. Le lendemain, 22 septembre 1792, la République était proclamée.

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14/07/2015

14 juillet

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08/07/2015

L’Histoire populaire des États-Unis : les luttes des classes au cœur !

 

Histoire populaire.jpgSorti récemment en marge de tous les circuits commerciaux, coréalisé par Daniel Mermet et Olivier Hazan, le documentaire « Une histoire populaire américaine » est une excellente adaptation du livre éponyme du grand historien américain Howard Zinn. Professeur à l’université de Boston, chercheur émérite, inlassable militant anti-impérialiste, auteur de plus de vingt livres traduits dans le monde entier, il était l’un des grandes voix de l’Amérique progressiste. Décédé en 2010 son œuvre historique a encore beaucoup à nous dire. Le film de Mermet et Hazan s’inscrit dans cette optique d’éducation populaire. L’Histoire populaire des Etats-Unis, a été éditée en 1980. C’est un livre magistral qui réhabilite les résistances indiennes à la colonisation européenne, les révoltes des esclaves noirs contre leurs exploiteurs, les luttes ouvrières, syndicales et féministes, et les grands combats pour l’égalité civique et contre la guerre. Il offre le tableau d’une Amérique jusque-là ignorée et occultée par tous les historiens libéraux, une Amérique progressiste écrasée sous le rouleau compresseur du capitalisme.

 

Le succès, immense, est immédiat auprès des étudiants américains, mais il faut attendre 2002 pour qu’il soit publié en France. Les réalisateurs du documentaire ont dû faire des choix dans cette vaste fresque qui court de 1492 à nos jours. Ils ouvrent leur film par une image forte : celle du bombardement par l’aviation américaine de la ville de Royan auquel Zinn, jeune appelé, a participé. Il en nourrira une haine durable et tenace contre le militarisme.

 

 

 

Mermet et Hazan débutent leurhistoire pop.jpg propos par une rapide évocation de la révolte des insurgés contre la puissance coloniale britannique à la fin du XVIIIème siècle, non sans rappeler les divergences d’intérêts qui traversaient les révoltés. La question centrale du film est celle de la lutte des classes entre exploiteurs et exploités. Les deux coréalisateurs braquent leurs projecteurs sur quelques luttes emblématiques et exemplaires de la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle. En plein essor économique, l’Amérique voit se constituer une vaste classe ouvrière où les immigrés italiens, grecs, juifs ou irlandais tiennent une place centrale. Fuyant la misère de leur pays ils apportent aux États-Unis leur culture politique et seront très souvent aux premiers rangs des grands combats de la classe ouvrière. Une lutte sans merci les oppose aux grands patrons qui accumulent des fortunes colossales et répriment impitoyablement leurs grèves et leurs tentatives d’organisation syndicale. Ils paieront un lourd et sanglant tribut à l’écrasement des mouvements de révolte.

 

De la lutte pour la journée de 8 heures déclenchée par les ouvriers de Chicago en 1886 à la grande grève des salariés du textile à Lawrence en 1912 en passant par les mouvement de mineurs, les riches images d’archives nous entrainent aux côtés de ces travailleurs en mouvement pour leurs salaires et leur dignité. Le chant d’espoir des grévistes de Lawrence réclamant « du pain et des roses » offre un magnifique sous-titre à ce premier volet d’une trilogie à venir. Les belles figures des militants syndicalistes de l’IWW (Industrial Workers of the World), qui rassemble travailleurs étrangers et nationaux, et du leader socialiste Debs ont tous en commun l’hostilité dont ils furent victimes de la part des puissants de l’heure. Certains d’entre eux le payant même de leur vie.

 

 

 

Invité samedi 4 juillet dernier à la Ferme des Jeux de Vaux le Pénil, Olivier Hazan a répondu aux questions des spectateurs présents en rappelant les grands objectifs de ce film : montrer les luttes oubliées du peuple américain et mettre en lumière le visage de ces milliers d’hommes et de femmes modestes dont il est temps de réhabiliter la parole. Bravo pour cette initiative !

 

Julien GUERIN, République et Socialisme 77