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11/01/2016

Lettre aux parlementaires : contre la constitutionnalisation de la déchéance de nationalité, par Jean-Pierre Fourré et Pierre Carassus

Jean-Pierre Fourré, ancien vice-président de l'Assemblée Nationale et secrétaire national de République et Socialisme, et Pierre Carassus, ancien député et maire de Vaux-le-Pénil jusqu'en 2012, s'adressent aux parlementaires pour les enjoindre de ne pas suivre la voie stérile et avilissante décidée par le gouvernement et de prendre l'initiative de se saisir de la lutte contre le terrorisme, plutôt que d'offrir à DAESH une consécration au travers de la révision de notre Constitution.

 

Le Président de la République, lors de la présentation de ses vœux aux Français, a en quelque sorte défié le Parlement en le sommant de prendre ses responsabilités pour instituer le droit de " déchoir de la nationalité française les individus condamnés définitivement pour crimes terroristes". Cette "redoutable sanction " n'aurait été d'aucune utilité contre la douzaine de terroristes qui, en 2015, ont lâchement assassiné cent cinquante femmes et hommes coupables de jouir pleinement d'une valeur fondamentale de notre République: la liberté. La liberté de caricaturer, de s'exprimer, de chanter, de trinquer avec des amis.

Il n'y aurait eu qu'une possibilité : déchoir ces barbares de la nationalité française à titre posthume. A l'impuissance se serait ajouté le ridicule.

 

Si hélas, demain, nous sommes confrontés à d'autres crimes terroristes, nous savons tous que pour les coupables de ces actes barbares la mort est la consécration suprême, puisqu’il s’agit pour eux de mourir « en héros » pour leur cause. Devant de nouveaux drames, les citoyens, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, ne manqueraient pas de vous blâmer d'avoir voté une réforme dont l'inutilité deviendra évidente pour tous. Bricoler la constitution pour DAESH ! Voilà un symbole fort ! L’ « Etat islamique », Etat autoproclamé, n'en attendait pas tant d'un Etat démocratique. Quel honneur pour ces monstres! Quel aveu de manque de confiance dans la force de notre démocratie !

C'est pourtant en faisant vivre la démocratie que la lutte contre le terrorisme sera efficace. Le travail engagé dans l'unité par le Sénat montre la voie à suivre. Le 31 mars 2015, une commission d'enquête composée de 21 sénateurs représentant les différents groupes a adopté à l'unanimité un rapport sur l'organisation et les moyens de lutte contre le djihadisme.

Ce rapport effectue d'abord une analyse du contexte ayant donné naissance au phénomène des départs de jeunes « djihadistes » de la France vers des zones de combat en Syrie ou en Irak, avant d'évaluer la réponse des pouvoirs publics à cette situation. Le rapport présente ensuite 110 propositions précises et concrètes, destinées à améliorer cette réponse en ciblant tous les champs d'action possibles et nécessaires: prévenir la radicalisation, entre autres, dans les établissements scolaires ; renforcer la coordination et les prérogatives des services anti-terroristes ; contrer le djihad médiatique notamment sur Internet ; tarir le financement du terrorisme ; mieux contrôler les frontières de l'Union européenne ; adapter la réponse pénale et carcérale. En définitive, ce rapport porté par tous les groupes politiques du Sénat est une contribution utile au plan d'ensemble cohérent dont le pays doit se doter pour lutter sans faiblesse contre le terrorisme.



Le Président de la République et le Premier Ministre n'ont de cesse d'appeler à l'unité, au rassemblement le plus large. Sous peine que cet appel apparaisse comme purement formel et démagogique, ils ne peuvent continuer à ignorer la capacité du Parlement, face au terrorisme, à travailler collectivement, comme l'a démontré le Sénat. En réduisant le rôle du parlement à chanter la marseillaise et à voter pour ou contre les projets gouvernementaux, on fragilise le pays tout entier. Mesdames et Messieurs les Parlementaires, que vous soyez Député ou Sénateur, vous pouvez imposer que le travail parlementaire soit reconnu comme étant l'expression démocratique de toute la Nation. Face au terrorisme de guerre, la nécessaire unité de la nation exige que le Parlement prenne l'initiative. Le Parlement dans son ensemble (Assemblée Nationale et Sénat), suite aux drames que nous venons de vivre, doit être capable de surmonter ses divergences internes légitimes pour procéder à une analyse sereine de ces évènements et définir des moyens d'agir, avec pour seule volonté d'apporter dans l'union la plus large des propositions constructives. Il reviendrait ensuite au gouvernement de prendre en compte réellement ces propositions avant de présenter un projet de loi contre le terrorisme.

Si, après un travail collectif du Gouvernement et du Parlement une loi programmant les moyens techniques, financiers, humains et juridiques été votée par l'ensemble des forces politiques démocratiques, elle donnerait au pays les armes nécessaires pour lutter efficacement contre le terrorisme. Il apparaîtrait alors qu'il n'est point nécessaire d'offrir en cadeau somptueux à l'Etat Islamique la révision du seul texte sacré que reconnaisse notre République : sa Constitution.



Vous remerciant pour l'attention que vous porterez à notre démarche, nous vous prions d’agréer nos sentiments les meilleurs.

07/12/2015

État des forces politiques en Île-de-France et en Seine-et-Marne après le premier tour des élections régionales

Ces élections régionales ont été marquées partout en France par un échec cuisant de la gauche dans son ensemble. Globalement, la gauche est passée de 53,72% des suffrages exprimés et près de 10,5 millions de voix en 2010 à 37,49% des suffrages exprimés et moins de 8,3 millions de voix, alors même que la participation était en hausse de plus de 2 millions de votants.

Cependant, au contraire de ce qu'il s'était passé aux élections départementales, le Front de Gauche a été lui aussi emporté dans la tourmente. En 2010, les listes du Front de Gauche, présentes dans 16 des 21 régions métropolitaines sauf la Corse (dont 3 avec le NPA), avaient réuni globalement 5,57% des suffrages exprimés, soit plus d'un million de voix. En 2015, les listes du Front de Gauche, présentes dans 10 des 12 régions métropolitaines sauf la Corse (dont 2 avec EELV), ont réuni globalement 4,67% des suffrages exprimés et perdu 70 000 voix par rapport à 2010. La comparaison est néanmoins faussée du fait de sa division dans les régions Nord-Pas-de-Calais-Picardie et Auvergne-Rhône-Alpes à propos de l'attitude à avoir vis-à-vis d'EELV, deux listes dans chacune de ces régions comportant des forces politiques étiquetées Front de Gauche, dont aucune n'a été prise en compte dans ce total.

Une chose est pourtant certaine : le Front de Gauche n'a pas échappé au désaveu cinglant infligé à l'ensemble de la gauche, extrême-gauche comprise, laquelle a perdu plus de la moitié de ses voix. Il se retrouve sous la barre des 5% dans 6 régions sur 10 et ne franchit les 10% que dans la seule région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, sur une liste d'alliance avec EELV. Quand la gauche recule, elle le fait dans toutes ses composantes sans que cela profite à l'une d'entre elles en particulier.

C'est là une leçon particulièrement douloureuse mais dont il faut espérer qu'elle sera comprise pour l'avenir.

Au regard de ce paysage de dévastation pour la gauche, et par comparaison avec d'autres régions où la chute fut considérablement plus rude, on peut comprendre que certains commentateurs aient affirmé qu'en Île-de-France la gauche s'en était plutôt bien sortie.
Pour ce qui est du PS, la situation est stable : la liste de Claude Bartolone réunit 25,19% des voix contre 25,26% pour Jean-Paul Huchon en 2010, et gagne même 64 000 voix. Côté Front de Gauche, la liste menée par Pierre Laurent progresse très légèrement, de 6,55% à 6,63%, et gagne 20 000 voix. La chute est cependant extrêmement lourde du côté d'EELV, passée de 16,58% à 8,03% et ayant perdu 225 000 voix, ainsi que du côté de l'extrême-gauche, qui réunissait en 2010 sur les deux listes LO et NPA 3,75% des suffrages tandis que la liste LO de Nathalie Arthaud n'a obtenu que 1,40%, soit une perte de 64 000 voix.
Globalement, la gauche francilienne passe de 53% à 41% des suffrages, perdant au passage plus de 200 000 voix. Il faut remonter aux élections régionales de 1998 pour trouver une situation semblable. Pas de quoi se réjouir, donc.

Comme lors des élections européennes de l'année dernière, la Seine-et-Marne se distingue au sein de l'Île-de-France par son résultat. Seul département de la région à placer le FN en tête, à 30,92% contre 18,41% au niveau régional, elle donne à Valérie Pécresse son troisième plus mauvais résultat départemental avec 25,34% des voix, derrière la Seine-Saint-Denis (21,38%) et l'Essonne (23,88%), et son plus mauvais résultat à Claude Bartolone avec 20,35% des voix. Le total gauche y est particulièrement bas par rapport à la région (33,43%) mais fait jeu égal avec le total droite (33,85%).

Ainsi, la Seine-et-Marne est le seul département d'Île-de-France a avoir un paysage politique réellement tripartitionné entre gauche (extrême-gauche comprise), droite et extrême-droite.

Par rapport aux élections départementales, le paysage politique de la Seine-et-Marne est resté relativement stable, la droite et l'extrême-droite perdant chacune quelques plumes (la droite passant de 35,22% à 33,85% et le FN de 31,20% à 30,92%) tandis que la gauche stagnait (de 33,48% à 33,43%). Au sein de cette dernière, le rapport de force a cependant évolué de manière très favorable au PS, passé de 16,79% à 20,35%, au détriment principalement du Front de Gauche, qui réunissait 9,26% des voix aux départementales, contre seulement 5,05% aux régionales.

 

Finalement, en Île-de-France, la victoire de la gauche au second tour n'est pas exclue, mais la droite de Valérie Pécresse dispose d'un réservoir confortable de voix chez les électeurs de Nicolas Dupont-Aignant, qui réalise un résultat très honorable avec 6,57% des suffrages, toutefois insuffisant pour se maintenir au second tour. De plus, il est possible qu'un effet "vote utile" ai lieu en sa faveur et au détriment du FN. La victoire de la gauche est donc loin d'être acquise, aussi son rassemblement clair et sans ambiguïtés est indispensable.

 

Alexis Martinez, République et Socialisme en Seine-et-Marne

 

 

Résultats des listes du Front de Gauche dans chaque région (hors Corse et outre-mer) :

Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne :
- liste Front de Gauche - Mouvement Républicain et Citoyen - Nouvelle Gauche Socialiste : 3,07% - fusion impossible

Aquitaine-Poitou-Charente-Limousin :
- liste Front de Gauche - Mouvement Républicain et Citoyen - Alternative Démocratie Socialisme : 4,85% - fusion impossible

Auvergne-Rhône-Alpes :
- liste Europe Écologie Les Verts - Parti de Gauche - Ensemble ! - Nouvelle Donne - Nouvelle Gauche Socialiste : 6,90% - fusion possible
- liste Parti Communiste Français - République et Socialisme - Mouvement Républicain et Citoyen : 5,39% - fusion possible

Bourgogne-Franche-Comté :
- liste Front de Gauche - Mouvement Républicain et Citoyen - Nouvelle Gauche Socialiste : 4,62% - fusion impossible

Bretagne :
- liste Front de Gauche : 3,74% - fusion impossible

Centre-Val-de-Loire :
- liste Parti Communiste Français - Mouvement Républicain et Citoyen : 4,59% - fusion impossible

Île-de-France :
- liste Front de Gauche : 6,63% - fusion possible

Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées :
- liste Front de Gauche - Europe Écologie Les Verts - Nouvelle Gauche Socialiste - Parti Occitan : 10,26% - fusion possible / maintien possible

Nord-Pas-de-Calais-Picardie :
- liste Parti Communiste Français - Ensemble ! - République et Socialisme - Gauche Unitaire - Coordination Communiste : 5,32% - fusion possible mais retrait de la liste PS
- liste Europe Écologie Les Verts - Parti de Gauche - Nouvelle Donne - Nouvelle Gauche Socialiste : 4,83% - fusion impossible

Normandie :
- liste Front de Gauche : 7,04% - fusion possible

Pays-de-la-Loire :
- liste Parti Communiste Français - Mouvement Républicain et Citoyen : 3,33% - fusion impossible

Provence-Alpes-Côte d'Azur :
- liste Front de Gauche - Europe Écologie Les Verts - Nouvelle Gauche Socialiste : 6,54% - fusion possible mais retrait de la liste PS

 

Finalement, le Front de Gauche ne pourra être présent dans les conseils régionaux que de 4 régions. Dans deux conseils régionaux, c'est la gauche dans son ensemble qui sera absente du fait du retrait des listes PS.

26/11/2015

Prolongation de l'état d'urgence: à gauche, agir avec dignité

Communiqué de République et Socialisme.

L'état d'urgence a été prorogé de trois mois par l'Assemblée Nationale et le Sénat. Au vu des prises de position et des polémiques qui ont à cette occasion surgi au sein de la gauche en général et du Front de Gauche en particulier, il n'est pas inutile de revenir sur cet événement.

Les votes des parlementaires de gauche à l'Assemblée Nationale ou au Sénat, qu'ils aient voté pour, contre, ou se soient abstenus, sur le sujet de la réforme de l'état d'urgence et de son prolongement pour trois mois, ont donné lieu à des invectives et à des procès d'intention, à la fois malvenus dans des circonstances qui exigent de faire preuve de retenue et de compréhension, et contre-productifs pour la gauche dans son ensemble alors que sa situation est plus précaire que jamais.

S'il est légitime de s'interroger sur la méthode du gouvernement consistant à combiner à la fois prorogation de l'état d'urgence au-delà de douze jours et réforme en profondeur de la loi sur l'état d'urgence, l'honnêteté oblige à examiner la situation avec discernement plutôt que d'adopter une posture de principe détachée de tout lien avec la réalité.

En tout premier lieu, l'état d'urgence est, de tous les régimes d'exception que l'arsenal législatif et constitutionnel et la jurisprudence ont consacrés, le moins attentatoire aux libertés. En effet, au contraire de l'état de siège - évoqué par l'article 36 de la Constitution et régi par le Code de la défense - ou des pouvoirs exceptionnels confiés au président de la République - réglés par l'article 16 de la Constitution -, l'état d'urgence ne permet aucune confusion des pouvoirs exécutif et législatif, ne confie aucun pouvoir à l'armée et d'une manière générale ne permet aucune action extra-légale du gouvernement, de la police, ni de l'administration. De même, au contraire de la jurisprudence du Conseil d'État dite des circonstances exceptionnelles, l'état d'urgence ne permet pas la légitimation a posteriori de mesures de police ou d'administration violant les limites et garanties légales ou les règles de forme.

La proclamation de l'état d'urgence - régi par la loi - plutôt que le recours à un autre régime d'exception témoigne de la volonté de se maintenir dans la tradition républicaine du pouvoir civil et de l'état de droit, dans un contexte d'exception dans lequel les institutions fonctionnent et où les menaces qui pèsent sur l'ordre et la sécurité publics ne nécessitent pas le recours au pouvoir militaire ni de mesures extra-légales.

En second lieu, après les réformes de 2011 et de 2013, la réforme de la loi sur l'état d'urgence entreprise au même moment que sa prorogation a fini de dépoussiérer le texte de 1955 en en ôtant les derniers éléments extra-légaux, à savoir les possibilités de contrôler la presse et de remplacer les cours d'assise par des tribunaux militaires, ainsi que la procédure spéciale de recours face aux actions prises dans le cadre de l'état d'urgence, procédure à la fois plus arbitraire, moins efficace et moins protectrice que les voies de recours du droit commun. Avec cette réforme, on peut caractériser l'état d'urgence comme un régime dont la seule spécificité est de remplacer, pour un nombre déterminé de procédures administratives et d'actions policières prévues par la loi, l'autorisation judiciaire préalable par un contrôle judiciaire a posteriori. Cela n'est pas une décision à prendre à la légère, mais ne témoigne pas pour autant d'une dérive vers un autoritarisme policier, la réforme ayant au contraire ôté à l'état d'urgence ses derniers éléments d'arbitraire.

Il convient cependant d'être attentifs et vigilants face aux utilisations qui sont faites de cette marge de manœuvre supplémentaire dont disposent l'administration et la police pour mener des actions immédiates, notamment concernant les activités syndicales. À cet égard, l'adoption de l'amendement des députés Front de Gauche obligeant à une information immédiate des parlementaires et leur permettant de requérir toutes les informations possibles sur les actions menées dans le cadre de leur contrôle et de leur évaluation fournit un garde-fou bienvenu. Il faut également être attentif aux moyens dont dispose le juge administratif pour opérer son contrôle a posteriori sur les actions menées.

Dans le contexte des attentats du 13 novembre et de l'intervention à Saint-Denis le 18, le recours à l'état d'urgence semble donc une réponse appropriée, parfaitement justifiée et légitime.

Ceci posé, demeure la question de l'opportunité ou non de la prorogation de l'état d'urgence au-delà de douze jours. Si le contexte d'un enquête toujours en cours et de l'imminence de la réunion de nombreux chefs d'état et de gouvernement avec l'ouverture de la COP21 justifie amplement la prolongation de l'état d'urgence, se pose cependant la question de l'utilité d'une prolongation sur trois mois, durée peut-être excessive au regard des menaces avancées.

À cela s'ajoute l'annonce d'une réforme de la Constitution fortement contestable, étant données les intentions affichées d'une constitutionnalisation de l'état d'urgence à l'instar de l'état de siège, et d'une réforme de la nationalité pour permettre la déchéance pour les entreprises terroristes. Au-delà du caractère bienvenu ou non de cette proposition de réforme constitutionnelle, le fait qu'elle soit prévue pour une période couverte par l'état d'urgence pose sérieusement question.

Ces éléments à l'esprit, il est légitime de remettre en cause le bien-fondé d'une prolongation pour une telle durée.

Dans ces conditions, que le débat ait traversé et traverse encore les rangs de la gauche est plutôt sain. Cependant, il convient d'accepter que dans ce débat, il n'y a pas de position qui aille de soi. Les parlementaires, chacun en son âme et conscience, et ayant collectivement pesé le pour et le contre, se sont décidés en toute connaissance de cause, et s'il est normal de pouvoir critiquer telle ou telle position, les anathèmes jetés sur ceux qui ont voté en faveur de la prolongation ou au contraire sur ceux qui ne l'ont pas votée sont à la fois hors de propos et irrespectueux.

Convenons que malgré les divergences de vote, il y a un constat partagé par tous : la nécessité de lutter efficacement contre la menace terroriste tout en veillant à ce que les mesures prises n'outrepassent pas les nécessités de cette lutte. À présent que l'état d'urgence a été prolongé de trois mois, veiller à ce qu'il n'y ait pas d'abus caractérisés, à ce que le contrôle a posteriori ait les moyens d'être entrepris, le tout en gardant à l'esprit les nécessités de l'action de l'administration et de la police, voilà quelle devrait être l'attitude à gauche en général et au Front de Gauche en particulier.

17/11/2015

Communiqué de République & Socialisme sur les attentats du 13 novembre

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Paris vient d'être, une nouvelle fois, victime d'attentats barbares perpétrés par des terroristes islamistes commandités par Daesh. Nos pensées vont d'abord aux victimes et à leurs familles ; notre gratitude, aux militaires, aux policiers, aux sapeurs-pompiers de Paris, aux médecins et soignants, aux personnels des services publics qui sont intervenus et interviennent avec courage, compétence et humanité.

Après les attentats contre la liberté d'expression et les assassinats antisémites de janvier, c'est au tour de nos lieux populaires, de socialisation et de fête d'être visés. Ce sont des enfants, des jeunes, des femmes et des hommes, quelles que soient leur origine, leur condition sociale, leur religion qui ont subi cette attaque coordonnée de l'obscurantisme.

La France doit rester debout. Notre République doit rester elle-même, bras agissant de sa devise : Liberté, Égalité, Fraternité.

Au lendemain du deuil national, c'est dans le calme et la détermination que notre démocratie doit prendre les moyens de combattre le terrorisme. Il faut s'opposer à un dogme fondé sur une différenciation de sexe, de condition sociale, de religion, qui prône une guerre de civilisations. Il faut lutter, y compris judiciairement, contre les prêches islamistes qui menacent certains jeunes de nos quartiers, cibles privilégiées de ces fanatiques. Il faut que les prisons cessent de pouvoir être des lieux d'endoctrinement.

Au niveau international, nous devons assécher le financement de l'EIet soutenir avec beaucoup plus de détermination les peuples et en particulier les Kurdes à Kobané, qui luttent pour leur émancipation face à lui.

Nous devons réaffirmer, sans faiblesse, notre attachement à la liberté, à la liberté d'être et de dire, à la démocratie et à son exercice, à l'égalité, en particulier entre les Femmes et les Hommes.

Nous devons réaffirmer la France comme État de droit. Nous devons réaffirmer que notre République est celle des Droits de l'Homme, où la Laïcité fonde notre vivre ensemble.

"Le verbe RÉSISTER doit se conjuguer au présent" disait Lucie Aubrac. République et Socialisme appelle chacun d'entre nous à être dignes d'elle et de notre peuple résistant hier face à d'autres barbares.

03/11/2015

À Melun, mobilisons-nous pour l'hôpital public !

Communiqué du Comité de défense de l'hôpital de Melun

 

Aujourd’hui l’hôpital Marc Jacquet a une capacité d’accueil de 749 lits.

Le projet, c'est 510 lits au lieu de 749 actuellement.
239 lits de l’hôpital public supprimés !

L’hospitalisation publique perd donc le tiers de ses capacités, faisant peser autant d’inquiétude pour les patients que pour les 2000 membres du personnel.

Alors que la population du département augmente, que les files d'attente chez les médecins libéraux s'allongent.

Qui peut croire un seul instant qu’avec un tiers des lits et des places en moins, il n’y aura pas de graves conséquences autant pour les malades que pour les personnels, en particulier les personnels contractuels ?

Le tapis rouge est déroulé pour le privé.

Le projet d’établissement souligne que le nouvel hôpital sera « le plus grand pôle hospitalier public-privé de France ».
Vraiment ? Le plus grand en perdant des lits ?

Qu’on en juge :
L’hôpital public perd 239 lits ... et les cliniques Saint-Jean-Ermitage installent 224 lits.
Le projet d’établissement ose écrire que « le libre choix du patient sera garanti » !

30 lits publics d’un côté avec des attentes interminables pour avoir une place ; 224 lits privés de l’autre avec des dépassements d’honoraires jusqu’à 50% du tarif de base de la Sécurité Sociale !
Le bloc opératoire appartiendra entièrement à la clinique qui louera à l’hôpital 2 salles d’opération sur les 14 du bloc.

Un Groupement Hospitalier de Territoire (GHT) va être créé pour fermer des lits, des postes et des services en application de la loi Touraine.

Quel est le but du groupement hospitalier de territoire ?
Supprimer les doublons dans les spécialités coûteuses en plateau technique ou en ressources humaines.
Cela a le mérite d’être clair. Si l’hôpital de Melun et celui de Montereau par exemple ont deux services identiques, l’un d’eux devra fermer !
Comme s'il y avait trop d’hôpitaux, trop de lits, trop de services, trop de personnels !

Et au lieu de renforcer l’hospitalisation publique, de créer des services, des lits, des postes pour faire face à ces problèmes, l’Agence Régionale de Santé (ARS) en application des lois Bachelot et Touraine, à l’inverse, ferme services, lits et postes au nom des directives de l’Union Européenne pour faire baisser les dépenses publiques.

Sur les 50 milliards « d’économies » prévus par le Pacte de responsabilité, 10 milliards doivent être pris sur les dépenses de santé ! Cette politique est criminelle.

Et pour ceux qui n’auraient pas bien compris, le projet d’établissement de Melun indique :
« Il est également à noter que le sud du département est un territoire bien desservi, traversé par des autoroutes facilitant l’accès à la capitale ».
Ils préparent la population à accepter d’aller pour beaucoup de pathologies soit à l’hôpital de Corbeil, soit même à Paris.


Exigeons l'abrogation de la loi Bachelot, et le retrait du projet de loi Touraine.



Mais ce n'est pas tout :

Le choix de l'emplacement du futur hôpital de Melun est au moins irréfléchi, sinon carrément criminel.
Parce qu'il s'ajoute un autre risque : à cause des embouteillages de la rocade nord de Melun et de l'entrée de l'autoroute Francilienne, l'endroit choisi pour cet hôpital est l'un des plus encombrés de Melun : en d'autres termes, l'accès des ambulances est très problématique.
Le seul moyen de pallier cette difficulté d'accès est de mettre sur le toit de l'hôpital une base d'hélicoptères (ou de drones ?), comme celle de l'hôpital Henri Mondor à Créteil.

Et alors, il faut finir de raser le bois de Montaigu (un éco-quartier, disaient-ils ?), et insonoriser sévèrement les bâtiments de tout le quartier ...

Mais demander que les concepteurs et les profiteurs daignent tenir compte des conditions de circulation et de vie des habitants, c'est trop ...

 

Publié le 3 novembre 2015

22/10/2015

Olympe de Gouges : une femme en Révolution

Alors que le buste d'Olympe de Gouges doit faire son entrée prochainement à l'Assemblée Nationale, nous publions sur notre blog le texte de la conférence faite à son sujet par notre camarade Julien Guérin à Vaux-le-Pénil le samedi 10 octobre 2015. Résumé succin de sa vie et de ses engagements divers, il en souligne les indéniables courage et sincérité tout en en soulignant les fortes limites, notamment concernant celui de ses engagements le plus constant et notable, pour la fin de la traite négrière et l'amélioration des conditions de vie des esclaves noirs dans les colonies. Promue depuis une trentaine d'années par certaines tendances comme symbole du féminisme, Olympe de Gouges, avec ses ambiguïtés et ses convictions, est avant tout une actrice d'une période majeure de notre histoire, la Révolution.

Longtemps laissées en marge par une histoire officielle s’intéressant d’abord aux grands Hommes, aux opérations militaires et aux monarques, les femmes furent, durant des décennies, les « oubliées de l’Histoire ». Dans le sillage d’études historiques sur les catégories sociales dominées et accompagnant l’essor du mouvement féministe des années 1960 et 1970, l’histoire des femmes a peu à peu trouvé sa place à l’Université grâce à l’énergie et à l’abnégation d’historiennes, comme Michelle Perrot, qui ont beaucoup fait pour imposer les femmes comme des actrices incontournables de l’histoire de nos sociétés.

La Révolution française n’a pas échappé à ce phénomène d’amnésie collective autour du rôle des femmes, qui ne restèrent pourtant pas passives durant ces années décisives, enflammées et tourmentées. Actives lors de certaines journées révolutionnaires comme le 5 octobre 1789 où elles se mettent en route pour aller chercher le roi à Versailles et le placer sous la surveillance populaire à Paris, certaines femmes bravent l’ordre en place. Émergeant ces dernières années comme un symbole de ces combats pour l’égalité et la justice, Olympe de Gouges fut parmi ces femmes militantes courageuses. Partons à la découverte de sa vie, de ses combats et de ses idées sans toutefois en dresser un panégyrique et sans oublier les limites d’une pensée plus modérée que l’on pourrait le croire à priori.

Olympe de Gouges avant la Révolution de 1789

Olympe de Gouges est née en mai 1749 à Montauban. Elle est le fruit d’une union illégitime entre sa mère, Anne Mouizet, et Jean-Jacques le Front de Pompignan. Notable local et auteur de plusieurs pamphlets contre les philosophes des Lumières, l’avocat ne reconnaîtra jamais l’enfant bien qu’il l'introduira, des années plus tard, dans les milieux littéraires grâce à ses connaissances. Olympe grandit auprès de sa mère et de son mari, un dénommé Pierre Gouze, boucher de son état. Olympe transformera son nom de Gouze en Gouges. On connaît peu d’éléments sur la jeunesse de la future révolutionnaire. Elle reçoit quelques rudiments d’instructions chez les sœurs Ursulines de Montauban. A 17 ans, elle est mariée de force, au cuisinier de l’intendant. Un fils naît de cette union contrainte mais, trois ans plus tard, à 20 ans à peine, Olympe est veuve. Seule avec un enfant, jugeant étriquée la vie qu’elle mène à Montauban, elle profite du fait qu’une partie de sa famille vive à Paris pour tenter à son tour sa chance à la capitale. Deux convictions se sont d’ores et déjà solidement ancrées en elle : le mariage est un carcan pour la femme et le sort des enfants illégitimes est une injustice majeure. Elle mettra toute son énergie au service de ces deux causes.

Lorsqu’elle s’installe à Paris, la ville connaît alors un bouillonnement culturel et intellectuel intense. Les philosophes des Lumières diffusent leurs idées et font régner une atmosphère de liberté qui attire Olympe de Gouges. Certaines femmes, issues de la grande bourgeoisie et de l’aristocratie, tiennent des salons où se côtoient les penseurs des Lumières. Elle découvre avec bonheur les textes de Jean-Jacques Rousseau, tente de rattraper ses immenses lacunes de formation et se lie d’amitié avec Condorcet qui l’introduit dans les cercles littéraires de la capitale. Elle veut écrire mais plusieurs obstacles se dressent face à elle. Outre le fait qu’elle soit une femme, le français n’est pas sa langue maternelle et elle rencontre des difficultés à écrire seule. De plus, les sujets qu’elle entend étudier (traite des Noirs, mariage forcé, célibat des prêtres…) sentent trop le souffre pour les bien-pensants de son temps. En 1785 sort sa première pièce de théâtre, intitulée Zamore et Mirza, qui aborde l’épineuse question de la condition des Noirs dans les colonies. Sympathisante active de la Société des Amis des Noirs fondée par Mirabeau et Brissot, la sensibilité exacerbée d'Olympe de Gouges est heurtée par la traite des esclaves. Le comité de lecture de la Comédie Française valide le texte mais le lobby des colons se mobilise activement contre la représentation théâtrale et obtient gain de cause. Un violent libelle anonyme circule dans Paris contre la pièce qui ne sera jouée qu’à deux reprise en 1788. Audacieuse, Olympe de Gouges ne s’en laisse pas conter et publie une brochure où elle écrit : « l’espèce d’hommes nègres m’a toujours intéressée à son déplorable sort. A peine mes connaissances commençaient à se développer, et dans un âge où les enfants ne pensent pas, que l’aspect d’une Négresse que je vis pour la première fois, me porta à réfléchir, et à faire des questions sur sa couleur. Ceux que je pus interroger alors ne satisfirent point ma curiosité. Ils traitaient ces gens-là de brutes, d’être que le Ciel avait maudits ; mais, avançant en âge, je vis clairement que c’était la force et le préjugé qui les avaient condamnés à cet horrible esclavage, que la Nature n’y avait aucune part, et que l’injustice et le puissant intérêt des blancs avait tout fait. ».

Attirée par le théâtre et admiratrice de Beaumarchais, elle se lance dans une suite au Mariage de Figaro. Réputé être un esprit ouvert et plutôt favorable aux femmes, le dramaturge n’accepte pas que l’on puisse ainsi poursuivre son œuvre. Il met tout son poids dans la balance pour que la pièce d’Olympe de Gouges ne soit jamais jouée.  Elle lui répond ainsi dans un libelle public : « J’ose, sans avoir votre fortune, vous proposer un acte de bienfaisance. Je parie 100 louis, vous en mettrez 1000. En comparaison de nos deux fortunes c’est une offre raisonnable. Je gage donc de composer en présence du tout-Paris, assemblée s’il se peut dans un même lieu, une pièce de théâtre sur tel sujet qu’on voudra me donner » !

Elle continue de prendre la plume pour écrire des textes contre le mariage forcé, contre le célibat des prêts et rédige un ouvrage d’inspiration autobiographique. A partir de 1788, c’est vers la politique que se porte son intérêt.

Une révolutionnaire enthousiaste…

La situation économique et financière du Royaume, les inégalités sociales criantes dans le pays entraînent un mécontentement populaire massif. Les caisses sont vides et le peuple a faim. Le roi Louis XVI tente de dénouer la crise en convoquant une réunion des États généraux à Versailles. Les nobles, le clergé et le Tiers-Etat (paysan et bourgeois) élisent des représentants et rédigent des cahiers de doléances dans tout le pays. Les projets de réformes fleurissent et Olympe de Gouges n’est pas en reste. Ne pouvant être candidate aux États généraux, la plume est son arme. Elle écrit deux contributions fin 1788. Dans l’une d’elle, elle propose la mise en place d’un impôt sur le luxe qui frapperait les populations les plus riches. Elle réfléchit, pense l’organisation d’un nouveau système, mais ne remet pas fondamentalement en cause la monarchie. En mai 1789, lorsque s’ouvre les États généraux, elle s’installe à Versailles et n’hésite pas à écrire des dizaines de lettres aux députés pour donner son avis, interpeller, revendiquer. Elle suit les événements avec passion. L’histoire s’accélère soudain lorsque les représentants du Tiers-Etat refusent les nouveaux impôts proposés par le roi et font sécession se proclamant Assemblée nationale constituante. Craignant pour ses premières conquêtes, le peuple de Paris prend la Bastille le 14 juillet et forme une garde nationale. La « grande peur » dans les campagnes et les soulèvements paysans mettent à bas les privilèges et l’ordre féodal. Fin août 1789, la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen consacre les grandes libertés fondamentales et l’égalité des droits. Olympe de Gouges regarde ce mouvement d’un œil favorable. En 1790, elle tente de lancer un journal mais, ne parvenant pas à réunir les fonds nécessaires, elle doit renoncer. Elle participe aux réunions du club de la Révolution à Paris aux côtés de son ami Condorcet qui est l'un des rares défenseurs du droit des femmes à la citoyenneté.

Elle poursuit son travail d’écriture et dédie l’une de ses pièces à Mirabeau qu’elle admire beaucoup, ignorant le double jeu de ce révolutionnaire plus qu’ambigu. La tentative avortée de fuite du roi reconnu à Varennes en juin 1791 marque une profonde rupture de confiance entre peuple et « son » monarque. Des voix commencent à s'élever en faveur d’une République. Olympe de Gouges garde un attachement au roi et se tient constamment à l’écart du mouvement républicain. Lorsque la France entre en guerre au printemps 1792, la duplicité royale devient flagrante. Louis XVI et Marie-Antoinette souhaitent, à l’évidence, une défaite de la France révolutionnaire. Olympe de Gouges ne semble pas percevoir cela et craint les débordements populaires. Le 10 août 1792, le roi est déchu et emprisonné. La République est proclamée le 21 septembre. Louis XVI est alors jugé pour trahison, Olympe se propose comme avocat du monarque et s’oppose de toutes ses forces à son exécution qui a lieu le 21 janvier 1793. La Convention nationale, élue en septembre, se divise en deux grandes tendances politiques : Les Montagnards, dirigés par Robespierre, Danton ou Marat, sont plus proches des revendications du petit peuple de Paris ; tandis que les Girondins, plus modérés, sont majoritaires dans ces premiers mois de la République. Olympe de Gouges soutient leur action jusqu’à leur chute le 2 juin 1793. La situation de la France révolutionnaire est alors dramatique : la Vendée catholique s’est soulevée contre la République, les classes populaires souffrent de l’augmentation des prix du pain et les armées étrangères cernent le pays. Perçus comme impuissants à mettre en œuvre des mesures énergiques pour sauver la Révolution, les Girondins sont évincés du pouvoir par le soulèvement du peuple de Paris. Les Montagnards accèdent aux commandes du gouvernement révolutionnaire et font rédiger une nouvelle constitution. Olympe de Gouges multiplie les maladresses. Elle a dédicacé une nouvelle pièce de théâtre au général Dumouriez, héros de la victoire de Valmy, proche des Girondins, qui a trahi les armées républicaines en passant à l’ennemi Autrichien. En juillet 1793, Olympe de Gouges rédige une affiche anonyme, les Trois urnes ou le salut de la Patrie, où elle propose qu’un référendum soit organisé dans le pays pour permettre aux Français de choisir entre une monarchie constitutionnelle, choix qui aurait sa préférence, une République décentralisée ou une République unitaire telle que la conçoivent les Montagnards. Dénoncée par l’imprimeur, elle est arrêtée. Elle est accusée de vouloir le retour de la royauté et d’avoir dédicacée un texte au traître Dumouriez. Emprisonnée durant presque quatre mois, elle passe devant le Tribunal révolutionnaire de l’intraitable Fouquier Tinville le 2 novembre. Condamnée à mort, elle est guillotinée le lendemain.

…mais bien modérée

Femme engagée dans le tumulte révolutionnaire, Olympe de Gouges se tient néanmoins constamment du côté de la modération politique et sociale. Sur la question de l’esclavage des Noirs, elle prend des positions courageuses et condamne la Traite des humains mais ne remettra jamais en cause le système esclavagiste lui-même. Les révoltes des esclaves de Saint-Domingue entraîneront l’abolition en février 1794 par ses adversaires politiques Montagnards. De même, elle ne se prononce jamais clairement pour le suffrage universel et condamne la Constitution de 1793. Texte constitutionnel le plus démocratique de l’Histoire de France, jamais appliqué pour cause de guerre, Olympe de Gouges y voit l’expression de l’extrémisme des Jacobins. Sa méfiance devant les mouvements populaires est constante et son soutien à la politique économique et sociale de ses amis Girondins est une évidence. Elle est défavorable à une intervention de l’État dans l’économie et contre la taxation des commerçants. Nul doute qu’elle se serait opposée à la loi du Maximum de l’automne 1793. En 1792, une manifestation populaire dégénère à Étampes, le maire de la ville est tué par une foule affamée et en colère. Réprouvant cette action, Olympe de Gouges participe activement à une manifestation en l’honneur du défunt et organise un cortège de femmes en l’honneur du maire « martyr de la liberté ». Monarchiste de cœur, très réservée sur l’idée républicaine, Olympe de Gouges fait preuve d’une très grande indulgence à l’égard de la reine à qui elle adresse plusieurs de ses textes dont sa fameuse Déclaration des droits de la Femme et de la citoyenne. A-t-elle, à la manière d’un Mirabeau ou d’un Danton, joué double jeu ? Rien ne permet de l’affirmer. Elle a été approchée par l’entourage de la reine mais a refusé une pension royale pour garder son indépendance et sa liberté. Loin d’être la pasionaria révolutionnaire telle que certains l’imaginent et la rêvent, Olympe de Gouges est d’abord et avant tout une femme des Lumières qui sous bien des aspects, demeure au milieu du gué…

Un symbole de la lutte jamais achevée pour l’égalité

La plus intéressante contribution d’Olympe de Gouges demeure son audacieuse Déclaration des droits de la Femme et de la citoyenne publiée en 1791. Reprenant, féminisant et complétant la Déclaration des droits de l’Homme d’août 1789, elle réclame rien de moins que l’égalité des sexes. Elle fait précéder son texte d’un audacieux préambule dans lequel elle s’adresse directement aux hommes en ces termes : «HOMME, es-tu capable d’être juste ? C’est une femme qui t’en fait la question ; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. Dis-moi ? Qui t’a donné le souverain empire d’opprimer mon sexe ? Ta force ? Tes talents ? ». Loin de renvoyer la seule responsabilité de leur oppression aux hommes, Olympe n’hésite pas non plus, dans un postambule, à interpeller les femmes pour qu’elles prennent en main leurs propres affaires et luttent ensemble : « Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation ».


Les combats d’Olympe de Gouges pour l’égalité des sexes sont loin d’être terminés en ce début de XXIème siècle. Les femmes demeurent plus précaires, moins bien payées que les hommes et de manière générale moins considérées. Les idées d’Olympe de Gouges permettent, même si elles sont limitées, de reprendre le flambeau et d’avancer vers la réalisation de cette promesse démocratique et sociale essentielle.

Julien GUERIN, République & Socialisme 77

 

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