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20/05/2014

Sur la réforme de l'inspection du travail

Aujourd'hui arrive à l'ordre du jour de l'Assemblée Nationale une proposition de loi relative aux pouvoirs de l'inspection du travail. C'est là un événement important, auquel il faut prêter une attention particulière.

Avant de voir pour quelles raisons, faisons un petit historique.
Michel Sapin, ministre du travail, avait tenté de glisser dans le projet de loi sur la formation professionnelle une réforme de l'inspection du travail, tout comme il avait essayé d'y glisser la suppression des élections prud'homales. C'est ce qu'on appelle "un cavalier législatif". Mais le Sénat avait adopté la suppression de l'article concerné (l'article 20 dans le texte tel qu'adopté en première lecture par l'Assemblée Nationale) et pour éviter de retarder l'application des autres mesures la Commission Mixte Paritaire n'était pas revenue sur cette suppression. En conclusion des débats, Michel Sapin se désolait de la suppression de cet article, tout en prévenant : "nous en reparlerons".

C'était le 26 février dernier.

Fin mars, les municipales sont un fiasco, le remaniement a lieu, Manuel Valls nomme Michel Sapin au budget pour corseter l'ensemble de la politique gouvernementale dans les rails de l'orthodoxie budgétaire et économique, et François Rebsamen arrive au ministère du travail. Et on n'a aucun écho de la réforme de l'inspection du travail. Le gouvernement craint-il une bronca ? Veut-il attendre un moment plus propice pour sortir le loup ?
Que nenni : si le gouvernement ne remet pas le sujet sur la table, c'est parce qu'il a confié à d'autres le soin de le faire. Les autres, en l'occurrence, ce sont le président du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale et une (grosse) poignée de pas moins de 112 autres députés du groupe SRC. Tout ce beau monde a ainsi présenté dès le 27 mars une proposition de loi reprenant un certain nombre des dispositions de cet article 20 éliminé par le Sénat. Pas toutes, mais ce n'est pas un motif de réjouissance, car voici ce qui est précisé dans l'exposé des motifs :

"Elle ne reprend pas les dispositions relatives à l’organisation du système d’inspection du travail que le gouvernement avait fait le choix de présenter dans son projet de loi pour montrer la cohérence d’ensemble de sa réforme. En effet, si l’indépendance de l’inspection, garantie notamment par la convention 81 de l’OIT, relève d’un principe général au sens de l’article 34 de la Constitution, sa mise en œuvre est d’ordre réglementaire, comme jugé par le Conseil constitutionnel dans sa décision du 17 janvier 2008 (considérant 14). Le gouvernement a annoncé qu’un projet de décret portant sur l’organisation sera soumis prochainement à la concertation des instances de représentation du personnel du ministère et à l’avis du Conseil d’État."

Autrement dit : les éléments les plus néfastes du projet de réforme de l'inspection du travail seront adoptés par le gouvernement et le gouvernement seul, sans que le Parlement ai son mot à dire sur le sujet. Le prétexte de la séparation du domaine de la loi et du règlement est un attrape-nigaud, ni plus ni moins.
En effet, d'une part, même s'il s'agit là d'un empiètement qu'il faut éviter d'entreprendre trop souvent, une loi peut tout à fait contenir des dispositions de nature réglementaire, et d'autre part, sans pour autant contenir de telles dispositions, s'agissant de règlements intervenant dans une matière dont la loi fixe les principes fondamentaux, ici l'indépendance de l'inspection du travail, la loi peut - et doit - préciser quels genres de règlements devront s'appliquer. Bruno Le Roux et les 112 autres députés du groupe SRC utilisent à dessein l'ambiguïté des règlements pour remettre au gouvernement un blanc-seing sur l'organisation de l'inspection du travail. La carotte de la "concertation des instances de représentation du personnel du ministère [du travail]" n'est là que pour la galerie : une telle "concertation" a déjà eu lieu, et le projet de réforme de l'organisation de l'inspection du travail avait fait l'unanimité contre elle lors de la réunion du Comité Technique Ministériel ! C'était même pour cela que Michel Sapin avait tenté de le faire adopter en catimini !

Détaillons un peu ce projet de réorganisation de l'inspection du travail, qui, même s'il ne sera donc pas soumis à discussion au Parlement, est une destruction en règle des garanties d'indépendance et d'exercice des missions fondamentales des inspecteurs du travail. Deux points principaux :
- d'abord, le remplacement des sections d'inspection - reconnues par l'Organisation Internationale du Travail (OIT) comme fondement de la garantie d'indépendance - par des "unités de contrôle" soumises à un "responsable" nommé par la hiérarchie administrative dont la mission est d'organiser le travail des inspecteurs du travail ;
- ensuite, la définition de sujets dits "prioritaires" sur lesquels les inspecteurs du travail auront pour mission explicite de se pencher en priorité.

Pour des non-connaisseurs des spécificités de l'inspection du travail, rien là de très anormal. Sauf que l'inspection du travail n'est pas une simple administration publique. Elle est indépendante, c'est là une garantie que la France est tenue de faire respecter en vertu de l'article 6 de la Convention n°81 sur l'inspection du travail de l'OIT, qui précise : "Le personnel de l'inspection sera composé de fonctionnaires publics dont le statut et les conditions de service leur assurent la stabilité dans leur emploi et les rendent indépendants de tout changement de gouvernement et de toute influence extérieure indue". En particulier, elle doit être indépendante de sa hiérarchie administrative et politique. Or en créant une hiérarchie intermédiaire nommée par l'administration et chargée d'organiser le travail des inspecteurs, c'est cette indépendance qui est menacée.
Mais il n'y a pas que l'indépendance de l'inspection du travail qui est en cause, mais aussi les fondements de sa mission. En effet, en encadrant administrativement les interventions des inspecteurs du travail et en définissant des sujets dits "prioritaires" sur lesquels ils doivent intervenir, c'est le principe même du métier d'inspecteur du travail qui est en cause. La mission d'inspecteur du travail consiste avant tout à répondre à l'appel des salariés qui le contactent. Son utilité réside dans sa capacité à agir de manière spontanée, sans répondre à un plan d'intervention fixé par sa hiérarchie.
Focalisés sur les consignes transmises par leur hiérarchie, les inspecteurs du travail ne pourraient ainsi plus que marginalement et exceptionnellement intervenir, par exemple, au hasard, sur des cas de non respect du "partage du bénéfice économique" à l'issue du terme d'un "accord de maintien dans l'emploi".

D'autres éléments de ce projet de réorganisation sont également très critiquables, comme le fait que les inspecteurs devraient former des équipes à deux pour pouvoir intervenir, ce qui théoriquement serait une très bonne chose pour prévenir d'éventuels abus mais qui dans les faits condamne l'inspection du travail à entreprendre moitié moins d'interventions, aucune hausse du nombre d'agents n'étant prévue. Mais cette remise en cause de l'indépendance de l'inspection du travail et cette contrainte sur l'exercice de ses missions fondamentales sont les deux éléments les plus notables qui expliquent l'opposition des représentants du personnel du ministère du travail comme d'une bonne partie de la gauche (groupes Front de Gauche et écologiste, ainsi que des membres du groupe socialiste au Sénat) à ce projet de réforme de l'organisation de l'inspection du travail.

Mais tout ceci, nous dit-on, ne relève pas du domaine de la loi (pourtant garante du principe d'indépendance de l'inspection du travail) mais du règlement. Soit.

Qu'en est-il, alors, du contenu de la proposition de loi elle-même ?

Il faut être honnête : elle comporte son lot de bonnes choses. Elle élargit notamment les capacités d'intervention en matière de santé et de sécurité au travail en améliorant les moyens d'analyse technique à la disposition de l'inspection et en permettant aux inspecteurs de demander aux employeurs de faire procéder à des analyses pour déterminer la présence ou non de produits dangereux. Elle permet de même de simplifier le dispositif d'arrêt temporaire d'activité en cas de situation dangereuse et d'en élargir le champ d'intervention.
Mais ces rares points positifs, dont les avantages sont d'ailleurs fortement relativisés au regard de la réforme de l'organisation de l'inspection du travail exposée plus haut (les avantages qu'on peut en tirer seront systémiquement diminués voire nullifiés par la contrainte des consignes exigeant une focalisation sur les sujets qui font l'actualité médiatique du ministère du travail), sont en outre accompagnés de mesures aux conséquences extrêmement graves.

La plus importante de ces mesures aux conséquences délétères est une véritable atteinte au droit du travail. Il s'agit, rien de moins, de dépénaliser en partie le droit du travail en instaurant la possibilité, sur initiative du Directeur Régional des Entreprises de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l’Emploi (DIRECCTE), d'une transaction pénale, c'est-à-dire un mécanisme selon lequel l'autorité administrative "transige" sur les poursuites en soumettant l'auteur d'une infraction à une amende que ce dernier est libre d'accepter en échange de l'arrêt des poursuites. On voit là toutes les possibilités pour des employeurs disposant de réseaux de connivence étendus de pouvoir "négocier" avec le DIRECCTE une amende réduite pour échapper au juge correctionnel.
Mais comme si cela ne suffisait pas, voilà que cette proposition de loi propose également que les inspecteurs du travail ne puissent plus proposer les sanctions encourues pour les infractions qu'ils auront constatées. En effet, ce serait, une fois encore, au DIRECCTE que reviendrait l'initiative de proposer au ministère public une sanction, sur la base du procès-verbal établi par l'inspecteur. On a ainsi la naissance d'un concept nouveau : le contrôle sans suites. Détacher les contrôles de la proposition de sanction, outre que cela crée des opportunités supplémentaires de "négocier" à la baisse une sanction, implique que les suites des contrôles seraient entreprises sans autre lien avec les contrôles eux-mêmes qu'un simple procès-verbal. Si pour des cas d'infractions mineures relevant de contraventions de catégorie 1 à 3 cette logique est compréhensible compte tenu du caractère automatique et systématisé de la sanction, en revanche, pour des contraventions de catégorie 4 ou 5 ou des délits, c'est là une complète aberration. Les reproches sur le prétendu caractère "déconnecté de la réalité" des sanctions est déjà assez souvent asséné comme cela sans en plus institutionnaliser cette déconnexion !

Ainsi, même si elle ne reprend pas le projet de réorganisation de l'inspection du travail, cette proposition de loi présente en elle-même un caractère délétère qui justifie amplement une forte opposition de la part de la gauche.
Ce texte peut - et doit - être amendé pour en ôter ces scories et y introduire des garanties que les futurs règlements gouvernementaux sur l'organisation de l'inspection du travail seront conformes au principe d'indépendance et permettront aux agents d'accomplir leurs missions fondamentales.

C'est là la responsabilité qui incombe aux députés et sénateurs de gauche.

19/05/2014

Élections prud'homales : le gouvernement n'a reculé que pour mieux les faire sauter !

La proposition de suppression des élections prud'homales avancée par le gouvernement en novembre 2013 avait, à juste titre, provoqué un vif émoi. Des oppositions nombreuses s'étaient manifestées dans les rangs des travailleurs et de la gauche, jusqu'au sein même du PS et de la majorité parlementaire ! Alors en situation précaire, le gouvernement avait décidé de repousser la discussion de cette proposition au printemps 2014, espérant sans doute que la mobilisation se retrouverait amoindrie.
Le printemps 2014, nous y sommes, et alors que le retour de ce projet devant le Parlement n'est pas encore daté, circule déjà de manière très insistante la rumeur que le gouvernement légiférera par ordonnances pour procéder à leur suppression et leur remplacement par une désignation des conseillers prud'hommes du collège salariés par les organisations syndicales sur la base de l'audience syndicale mesurée.

Un petit rappel. Tout a débuté en 2010, quand un rapport du Conseil d'État sur la désignation des conseillers prud'hommes a été remis à Eric Woerth, alors ministre du travail. Ce rapport se fondait déjà sur l'antienne du fort taux d'abstention (40% en 1979, 75% en 2008) pour suggérer de modifier le mode de désignation des conseillers prud'hommes du collège salariés. Trois propositions étaient faites :
• améliorer l'information et simplifier les modalités du vote afin de renforcer la participation ;
• remplacer l'élection par une désignation des conseillers prud'hommes par les organisations syndicales sur la base de l'audience syndicale mesurée ;
• remplacer l'élection par les salariés par l'élection par un collège restreint composé des 300 000 délégués du personnel et de représentants des TPE.
Si le rapport du Conseil d'État privilégiait cette dernière proposition, c'est dès le départ la deuxième qui était envisagée par Eric Woerth. Néanmoins, le gouvernement de droite n'osa pas procéder à cette réforme et se "contenta" de supprimer un quart des Conseils de Prud'hommes et de repousser à 2015 la prochaine élection prud'homale.

On aurait pu attendre d'un gouvernement de gauche, même extrêmement timoré comme l'actuel, qu'il corrige les dégâts causés au droit social par le gouvernement, de droite, qui l'a précédé. En tous cas, pas qu'il aille plus loin encore en endossant une proposition que ledit gouvernement de droite avait envisagée sans oser l'entreprendre. Telle a pourtant été la réalité, et c'est par une simple lettre aux "partenaires sociaux" que le ministre du travail Michel Sapin avait notifié en novembre 2013 son intention de procéder au remplacement de l'élection des conseillers prud'hommes par une désignation au prorata de l'audience syndicale. Pis : alors que le gouvernement Sarkozy n'envisageait cette suppression qu'au seul motif de l'abstention croissante, voilà qu'un gouvernement prétendument de gauche avançait comme justification... un coût trop élevé !
Les 100 millions d'euros que coûte effectivement l'organisation des élections prud'homales seraient trop cher payé pour la dernière élection sociale à l’échelon national en France. Mis au regard du coût des dernières élections européennes (120 millions d'euros, 59% d'abstention) et régionales (136 millions d'euros, 54% d'abstention), ces 100 millions d'euros tous les cinq ans ne sont pourtant rien d'autre que le prix normal et légitime de ce qu'il reste de justice sociale en France. Surtout si on considère que parallèlement à ces économies de bouts de chandelle sur le dos des droits des salariés, le gouvernement a accordé une exonération de pas moins de 30 milliards d'euros par an de cotisations sociales aux entreprises.

L'invocation du coût soit-disant trop élevé des élections prud'homales au regard de la participation n'est qu'un prétexte dérisoire et méprisant envers les salariés !

Si la participation aux élections prud'homales est en berne depuis 1979, c'est du fait du peu de moyens alloués à la publicité de l'existence et de l'action des Conseils de Prud'hommes, du manque de lisibilité des droits des salariés dans nombre de petites entreprises, et de la faible communication autour des élections prud'homales elles-mêmes. Les gouvernements successifs ont largement leur part de responsabilité dans cette désertion des urnes : ils sont la cause du prétexte qu'ils invoquent pour supprimer les élections prud'homales !
Supprimer les élections prud'homales, c'est priver les salariés du libre choix de leurs défenseurs. Les remplacer par une désignation sur la base de l'audience syndicale, c'est non seulement faire perdre aux Conseils de Prud'hommes la spécificité de leur mission (voter pour des représentants dans l'entreprise dont on est salarié n'est pas la même démarche que voter pour des défenseurs du droit social), mais aussi prêter le flanc à nombre d'erreurs voire de truquages lors de la centralisation et de la collation des résultats au niveau national, dispositif opaque, flou et invérifiable, les agents du ministère du travail collationnant les données transmises par les directions des ressources humaines sans contrôle possible à aucune étape de la démarche.

Pour le gouvernement, la démocratie sociale ne serait-elle qu'accessoire ? Quant au droit du travail, déjà sérieusement entamé par la refonte de 2008 du Code du Travail et plus encore par la loi sur l'emploi retranscrivant l'ANI du 11 janvier 2013, et dont la garantie du respect - déjà faible - sera rendue presque inexistante par la réforme en cours de l'inspection du travail (qui sera examinée à l'Assemblée Nationale à partir du 20 mai), ne serait-il à ses yeux qu'un héritage folklorique qui doit être le moins contraignant possible pour les entreprises ? Avec de telles considérations, il va de soi que l'assise de la légitimité des juridictions sociales n'est que le cadet des soucis du gouvernement. C'est pourtant l'avenir des conditions de travail des salariés qui est en jeu. Rien de moins.
Le droit du travail concerne intimement la vie quotidienne des presque 24 millions de salariés de France. Les Conseils de Prud'hommes en sont la garantie judiciaire. Le libre choix par les salariés de leurs défenseurs est une condition fondamentale de la démocratie sociale, fondement de la République sociale. Qu'un gouvernement de droite envisage de le supprimer est déjà un piétinement des droits des travailleurs. Quand c'est un gouvernement de gauche, qui proclame soutenir les salariés qui plus est, s'ajoutent le mépris et l'injure !

Ce d'autant plus que rien n'a filtré du mode de désignation envisagé des conseillers prud'hommes du collège employeurs, dont la participation, généralement plus réduite encore que pour le collège salariés, n'a pas été beaucoup plus importante en 2008 (69% d'abstention en 2008, contre 72% en 2002). L'audience des organisations patronales n'est pas mesurée, seuls les résultats des élections prud'homales en donnent une évaluation. Or, force est de constater qu'il y a eu au cours de la dernière décennie de sacrés bouleversements dans le paysage patronal. Les listes communes de la CGPME, de l'UPA et du MEDEF ont été confrontées en 2002 et 2008 à une concurrence inédite. En effet, non seulement les listes autonomes de la CGPME et de l'UPA se sont multipliées dans les 1 430 circonscriptions sociales, réunissant plus de 8% des suffrages totaux en 2008, mais en plus les listes des employeurs de l'économie sociale et solidaire (listes EES en 2002, listes de l'AEES en 2008) ont réuni largement au-delà du seul cadre des employeurs de l'EES en obtenant 11% puis 19% des suffrages des employeurs, en obtenant la majorité absolue dans six départements et en réunissant plus de 45% des voix dans les sections "agriculteurs" et "activités diverses", qui sont les deux sections où la participation des employeurs aux élections a été la plus élevée.
Ainsi, les listes communes CGPME-UPA-MEDEF sont-elles passées de 90% des voix à chaque élection prud'homale depuis 1979, à 72% seulement en 2008. Et tout indique que cette tendance se poursuivrait, les employeurs étant de plus en plus nombreux à critiquer des orientations patronales impulsées par le MEDEF, organisation au final très peu implantée et qui ne défend guère que les intérêts des 500 entreprises de plus de 2 000 salariés que compte la France. Or, on peut s'attendre à ce que le gouvernement, au contraire, sanctifie la place accordée au trio CGPME-UPA-MEDEF comme uniques organisations représentatives du patronat. La CGPME et l'UPA étant toutes deux des organisations représentatives d'un type particulier d'employeurs (les petits patrons et les artisans), c'est au MEDEF que reviendrait alors, comme c'est le cas depuis 1998 et avant cela de son ancêtre CNPF, le rôle de représentant des employeurs au sens générique, alors qu'il n'en représente qu'une petite fraction.

Ainsi, la suppression des élections prud'homales permet au gouvernement de faire d'une pierre deux coups :
• promouvoir un "bloc réformiste" majoritaire au sens de l'audience syndicale mesurée mais qui a été très minoritaire (moins de 45% des voix au total) à toutes les élections prud'homales jusqu'à présent
• empêcher que soit remis en cause le rôle dévolu au MEDEF de principal représentant du patronat

Et qui sait quelles seraient les suites de cette suppression ? Les Conseils de Prud'hommes, déjà chroniquement sous dotés et dont l'action et le rôle est de moins en moins connu des salariés faute d'information adéquate, perdraient avec la suppression des élections prud'homales leur principal lien direct avec les salariés. De quoi contribuer à les délégitimer, pour, demain, les supprimer ?
C'en serait fini alors de la démocratie sociale et de la justice sociale en France.

Ne laissons pas cela arriver !

République et Socialisme, membre du Front de Gauche, appelle à la mobilisation contre la suppression des élections prud'homales aux côtés des salariés, des syndicats et des citoyens !
Interpellons les députés et sénateurs ! Promouvons l'action des Conseils de Prud'hommes ! Affirmons leur nécessité aujourd'hui plus que jamais, alors que le capitalisme se fait de plus en plus rapace ! Réclamons plus de moyens pour permettre aux conseillers prud'hommes d'accomplir leur rôle, et plus d'information sur les Conseils de Prud'hommes et leur élection !

 

Alexis Martinez, membre du Conseil National de République et Socialisme

18/11/2013

Redonner de nouvelles perspectives au monde du travail

Par Alain Girard, délégué national aux luttes sociales

Ne pas se perdre dans une vague anti-tout et savoir faire la différence entre progrès et réaction afin que chacun soit à sa place et coiffé du bon bonnet, voici la réflexion qu’il faut mener. Il est important, voire indispensable, d’observer et de comprendre les colères sociales qui s’expriment. Elles partent toutes du même réflexe, le refus de l’enlisement dans lequel nous entraînent le monde de la richesse, les profiteurs et le capitalisme financier.

L’agression est sévère contre le monde social et ouvrier, contre les salariés qui voient que leurs salaires ne suffisent plus à faire face aux dépenses et qui perdent leurs emplois, contre les retraités qui ont payé des cotisations toute leur vie et enrichi les patrons, qui voient le système s’effondrer et qui se retrouve confrontés à la précarité au bout de tant d’années d’efforts et de restrictions. La souffrance est bien là, l’angoisse s’installe profondément et les réactions n’en sont que plus spectaculaires mais ô combien justifiées. Que faire lorsque l’on perd son emploi dans une région sinistrée ? Que faire devant l’injustice ? Quelle réaction face au paradoxe qui s’expose de plus en plus au grand jour ?

D’un coté, les scandales des affaires, des grands patrons, des actionnaires qui touchent des millions d’euros provenant du labeur des salariés. De l’autre, des millions de gens dont la réaction de colère et humaine critiquée, dénaturée, rejetée à la fois par le Medef et par un gouvernement souvent méprisant qui renvoie sans cesse la faute sur l’ancien gouvernement et la crise, et qui s’excuse de ne pas mener une politique plus protectrice.

Aujourd’hui on ne peut échapper à la réalité : de nombreuses entreprises rentables et actives sont menacées de fermeture, en rupture financière. Dans les tribunaux de commerce des centaines de dossiers sont en cours d’étude pour un redressement ou une liquidation. Des choix sont faits par les directions patronales, qu’elles soient établies en France ou à l’étranger, jugeant que l’efficacité n’est plus à l’ordre du jour, et que de ce fait il importe peu de semer misère et désarroi : ce qui compte c’est d’abord l’intérêt du capital, de l’actionnaire. Elles vont même plus loin, tentant de se servir dans les caisses de l’état afin de rétablir les déséquilibres financiers dont elles sont à l’origine et n’ont pas honte de formuler des demandes se chiffrant à des millions d’euros pris sur nos impôt alors que des cadeaux fiscaux vont encore alimenter leurs caisses en 2014.

Pourront-elles justifier encore longtemps cette attitude, se cacher derrière ce paradoxe infernal ? Il faut revenir à un esprit républicain qui consiste à maintenir et à défendre le niveau d’un pays comme le nôtre. Le gouvernement, le pouvoir en place qui se réclame de la gauche, peut-il encore développer un artifice, un semblant de concertation ? Un pouvoir de gauche ne devrait-il pas se reposer sur les syndicats, sur les associations de citoyens, sur le citoyen lui même afin d’imposer populairement, dans le bon sens du terme, un programme social de fond s’adressant d’abord au peuple et aux besoins sociaux de notre pays ? Comment peut-il inspirer confiance étant donnés ses décisions arbitrales sur le budget et son manque de fermeté à l’égard des grands groupes et des patrons voyous qui lui imposent un programme élaboré par les cols blancs destructeurs de la finance ? Cela ne correspond en aucune manière au résultat de l’élection présidentielle et aux promesses faites.

Il est impossible de cautionner une telle orientation, qui affaiblit la situation individuelle et collective des salariés et des retraités. Nous devons rejeter les décisions contraires à l’évolution sociale répondant aux attentes de tout le pays, à moins de faire le choix et le jeu d’un parti comme le FN, à moins de reculer devant le courage qui s’impose et de cautionner l’idée que le pouvoir que nous avons donné nous a été volé.

Ce pouvoir s’attaque à tout : emploi, sécurité sociale, retraites. Face à tant de contradictions il est de notre devoir de syndicalistes, de militants, de citoyens, de prendre part au combat mené depuis des années, celui des révolutionnaires contre le réformisme, celui des ouvriers contre l’intérêt bourgeois, celui de la République sociale contre l’état capitaliste, celui de la démocratie contre la répression sociale, comme c’est le cas à Roanne ou en Bretagne.

Nous avons aujourd’hui tous les ingrédients pour poser sur la table du Front de Gauche la responsabilité collective de la cohérence et de la cohésion de notre existence. Nous avons la responsabilité de dépasser la seule pratique de l’élection et de promouvoir une véritable riposte citoyenne, organisée et gérée par un ensemble de masses dépassant les seuls enjeux électoraux des municipales ou des européennes. Ne nous détournons pas de notre combat de fond : faire de nouveau gagner la démocratie collective basée sur le choix du peuple. C’est cela aussi qui peut aider la gauche, et pour cela il faut mettre en avant le développement des luttes ouvrières auxquelles il faut redonner l’importance qu’elles méritent !

La casse n’en finit pas, les plans sociaux sont de plus en plus nombreux, le chômage sévit partout, tout cela au nom des conséquences d’une crise dont on nous dit pourtant qu’elle se termine. Alors pour qui, pour quoi, tant de destructions sinon parce que la politique menée est d’abord faite pour les riches, le maintien des exploiteurs, le grand patronat ? Ce n’est pas vers ceux-là qu’il faut se tourner mais vers le rassemblement des forces syndicales citoyennes qui, contrairement à ce que veulent nous faire croire certains, sont capables de faire basculer un mouvement vers une grande victoire du progrès et de la démocratie.

Ne devrions nous pas alors remettre en route le chantier d’un programme social pour l’humain d’abord ?

Une première étape sera de construire rapidement cette riposte unitaire nationale de gauche contre les orientations d’un gouvernement qui ne l’est plus. Une construction élargie avec toutes les consciences qui entendent notre message, car c’est en ouvrant des perspectives de progrès avec la gauche que l’on repoussera les assauts du FN et de la droite, c’est en organisant le 1er décembre une marche collective que l’on pourra défendre un nouveau programme comme ce fut le cas dans tous les grands combats qui ont permis d’avoir des droits et une reconnaissance sociale.

En avant dans cette belle offensive !

Alain Girard délégué national aux Luttes sociales